Et si Pauline Marois avait rendez-vous avec l’Histoire ?

6 septembre 2012

Élections 2012 - Pauline Marois, première ministre du QuébecLes Québécoises et les Québécois ont vécu un moment historique mardi soir, et ce n’est pas peu dire. Pour la première fois, une femme, Pauline Marois, est devenue première ministre du Québec. Une victoire importante, pour ne pas dire une grande victoire, que l’on voudrait relativiser parce que remportée dans le contexte d’un gouvernement minoritaire. Mais c’est avoir la mémoire bien courte que de penser ainsi.

Car il faut se souvenir d’où Pauline Marois est partie. Elle revenait de loin.

À pareille date l’an dernier, la chef du Parti Québécois faisait face à la menace de l’éclatement de son parti politique. Le PQ était au plus bas dans les sondages et pas une journée ne passait sans qu’il se trouvât un « savant » analyste ou commentateur pour prédire la démission prochaine de Pauline Marois. Les préjugés demeurent encore tenaces à l’égard des femmes en 2012, notamment en politique, et la chef du Parti Québécois en sait certainement quelque chose.

Une tempête « médiatiquement »  bien entretenue

La tempête faisait rage, une tempête entretenue presque quotidiennement par des médias qui, à défaut de se réjouir, se faisaient un malin plaisir à exploiter les malheurs du PQ et de sa chef à coup d’analyses et de commentaires qui étaient loin de faire dans la dentelle, de sondages « opportuns » confirmant l’impopularité de la chef et de son parti. C’est un euphémisme que de dire que Pauline Marois avait mauvaise presse. En fait, tout se passait comme si les médias avaient déjà décidé que Pauline Marois « était finie ». On est même allé jusqu’à publier un sondage démontrant la plus grande popularité de celui qu’on voyait comme son successeur naturel, question d’augmenter la pression pour la pousser à la démission ou de convaincre les membres de son parti de lui montrer la porte.

Un traitement tout autre pour l’adversaire éventuel

Durant la même période, ces médias réservaient un traitement tout autre à François Legault — un traitement royal, lui qui pourtant n’avait même pas encore de parti politique. Un détail sans importance pour nos empires de presse qui s’étaient entendus pour faire de ce nouveau converti à la foi fédéraliste le prochain messie de la politique québécoise. L’homme n’avait encore exprimé que l’ombre d’un programme que déjà la « justesse de ses idées » enflammait les chroniqueurs de droite des médias de Québecor et de Gesca.

La moindre déclaration de François Legault prenait une importance démesurée et était traitée presque comme une « révélation ». Les machines médiatiques s’étaient emballées pour fabriquer une image publique positive de leur nouvelle coqueluche politique. Tout était bon pour vendre François Legault à l’opinion publique et les sondages prometteurs n’ont pas tardé. Sans parti politique et guère plus d’idée, l’homme était déjà vu comme le grand favori d’une prochaine campagne électorale.

Une Histoire libre d’influence

Mais il faut croire que les médias ont moins d’emprise sur l’Histoire que sur les populations. Un an plus tard, non seulement Pauline Marois est toujours à la barre de son parti, mais elle a inscrit son nom dans les livres d’histoire en devenant la première femme à diriger le Québec. Et ce n’est pas peu dire après une campagne électorale durant laquelle les médias ne lui ont fait aucun cadeau comparativement à une couverture pour le moins complaisante à l’égard de son adversaire de la CAQ.

Peu importe que l’on partage ou non les idées politiques de la chef du Parti Québécois, il faut reconnaître qu’elle a manifesté, au cours de la dernière année, une détermination, une force de caractère et un courage politique impressionnants, qui devraient lui mériter le respect de tous, même de ses plus virulents adversaires politiques et médiatiques.

Un sang-froid exemplaire

Et comme si ce n’était pas suffisant, elle a su pousser la barre encore un peu plus loin mardi soir. Alors que le drame survenait au Métropolis et que ses gardes du corps se précipitaient pour l’emmener dans un endroit plus sécuritaire, elle a trouvé le courage de revenir sur scène, oubliant sa propre personne, pour remercier une dernière fois son monde, le rassurer et contribuer ainsi à éviter une panique qui aurait pu avoir de graves conséquences.

Des difficultés révélatrices

Pauline Marois n’a rien eu de facile depuis un an et il en a été ainsi jusque dans la victoire. On dit souvent que c’est dans les difficultés que les grands politiciens se révèlent. L’attitude de Pauline Marois jusqu’à présent tend à en faire la preuve. Et il se pourrait bien qu’elle n’ait pas fini de nous étonner…