Attentat au Métropolis: quand on tolère l’intolérance

7 septembre 2012

Ce qui ressemble de plus en plus à une tentative d’assassinat de la nouvelle première ministre du Québec a instauré un climat trouble et un malaise collectif palpable dans nos familles et dans nos milieux de travail. Ce geste ultime d’intolérance, car c’est bien de cela qu’il s’agit, m’a ébranlée profondément. Il pourrait s’agir d’un geste isolé d’une personne mentalement perturbée. Un geste irresponsable posé dans un moment de folie,  la justice en décidera. C’est peut-être en raison de cette irresponsabilité apparente que tout un chacun cherche à identifier le grand responsable de cet attentat. Pour ma part, je me demande si l’origine de ce tragique incident, qui s’est soldé par la mort d’un homme, ne serait pas notre indifférence à la montée de l’intolérance dans notre société.

Un phénomène aux multiples causes

Cherchant une explication rationnelle à ce geste de déraison, quelques-uns y voient le résultat de la campagne de peur menée par les fédéralistes qui auraient démonisé le référendum en invoquant le présumé chaos social qui en résulterait. Certains pensent plutôt que les propos haineux diffusés sans discernement par des radios poubelles portent une large part de responsabilité dans le climat social entourant l’incident. D’autres y perçoivent le résultat d’une paranoïa alimentée par les médias anglophones afin d’entretenir  la peur de la séparation pour vendre de la copie.

Des gens croient plutôt qu’il s’agit d’un geste misogyne motivé par la crainte du pouvoir que les femmes tentent à bon droit d’exercer dans la société. Enfin, quelques-uns y voient l’effet des médias sociaux qui libéreraient les individus d’une certaine autocensure.

Chose certaine les propos extrémistes publiés dans les médias sociaux donnent des frissons dans le dos. Quand on pense que des groupes, comme le Parti conservateur du Québec, en sont même venus à blâmer la victime pour cet acte de terreur (pour aussitôt retirer leur propos), il faut s’en inquiéter surtout qu’ils ne sont pas les seuls. Tout cela est bien étourdissant.

Dont aucune ne suffit à expliquer la situation de façon satisfaisante

Sans doute, toutes ces raisons sont partiellement valables, mais aucune ne suffit à elle seule,  à mon avis, à fournir une explication satisfaisante à la période trouble que nous traversons. Un peu comme nous sommes devenus de plus en plus tolérants à la violence qu’on nous montre à la télé à toute heure du jour, nous sommes peut-être devenus collectivement plus insensibles, plus tolérants à l’intolérance au nom de la liberté d’expression. Une liberté nouvelle galvanisée par la prise de parole citoyenne récemment permise par les médias sociaux. Une liberté d’expression dont il faut apprécier les avantages certes, mais aussi dénoncer les excès.

Refuser que l’autre ait une pensée différente

L’intolérance, c’est  refuser que l’autre ait une pensée différente. C’est exiger que l’autre pense comme nous, de gré ou de force.  Poussée à l’extrême, c’est refuser à l’autre non seulement le droit de s’exprimer, mais aussi le droit d’exister. Et la tentative de meurtre dont a vraisemblablement fait l’objet Pauline Marois et ses sympathisants en est la malheureuse manifestation. Toutefois, si on peut éliminer un être humain et le symbole qu’il représente, on ne pourra jamais éliminer sa pensée qui n’est de toute façon jamais l’œuvre d’une personne unique.

Ce matin, après la lecture des journaux, j’ai le sentiment qu’il nous faut prendre du recul et surtout prendre le temps de réfléchir pour mieux comprendre le sens de cette dérive collective. Pour ma part, je vais continuer à dénoncer l’intolérance sous toutes ses formes qu’il s’agisse de sexisme, d’homophobie ou encore de racisme.

Le Québec a toujours été une terre d’accueil et de paix. Il doit le demeurer.

Liens

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