Notre bien commun menacé par les mieux nantis

18 octobre 2012

Dans le contexte actuel du débat sur l’équité fiscale, un document intéressant et plutôt révélateur a été rendu public au cours des derniers jours. Malheureusement, il n’a pas eu tout l’écho qu’il mérite dans les médias traditionnels. Ce qui n’est guère surprenant pour des médias dont plusieurs font de plus en plus dans la propagande de droite plutôt que dans l’information.

Un manège qui fait mal

L’Institut Broadbent a publié un rapport inquiétant qui démontre que les inégalités économiques et sociales au Canada augmentent dangereusement, alors que le fossé économique séparant le 1 % des plus riches et les 99 % restant de la population se creuse toujours plus. L’OCDE, une organisation qu’on ne peut surtout pas accuser d’avoir un parti pris gauchiste, soutient que l’augmentation de l’inégalité des revenus au Canada, depuis le milieu des années 1990, est beaucoup plus marquée que chez la moyenne des pays industrialisés. Ainsi, bien que l’inégalité des revenus soit plus élevée aux États-Unis qu’au Canada, la croissance de l’inégalité demeure cependant plus grande au Canada.

En fait, le groupe de 1 % des biens nantis accapare actuellement à lui seul 14 % de l’ensemble des revenus. Et le manège dure depuis longtemps puisque ces privilégiés ont mis la main sur pas moins du tiers de toute la croissance du revenu national au cours des 20 dernières années. Comme quoi notre problème n’en est pas un de création de la richesse, mais plutôt de répartition de celle-ci.

L’importance de syndicats forts

Comment expliquer une pareille augmentation de l’inégalité ? Parmi les raisons principales invoquées, les économistes ciblent le recul des organisations syndicales. Oui, vous avez bien lu. Les syndicats sont des acteurs incontournables pour avoir une société plus égalitaire. N’en déplaise à nos détracteurs, des syndicats forts dans une société, cela fait œuvre utile.

Je cite textuellement le rapport :

[…] les syndicats aident à faire monter les salaires des travailleurs moins spécialisés, et à réduire les différences salariales entre les travailleurs et les cadres supérieurs. Les syndicats réduisent aussi les différences salariales entre les hommes et les femmes, et entre les minorités visibles et les autres employés.

Et ça ne s’arrête pas là. En effet, contrairement au mythe entretenu et répandu par certains commentateurs mal informés, les syndicats ne défendent pas que les seuls intérêts de leurs propres membres. Le rapport ajoute que :

lorsque les syndicats sont forts, les gains obtenus pour leurs propres membres servent aussi à augmenter les traitements et les avantages pour les autres travailleurs. Les syndicats se sont aussi faits les champions des pensions gouvernementales et d’autres programmes qui sont avantageux pour toutes les familles de travailleurs.

Des médias qui encouragent les inégalités

Cela revient à dire que lorsque nos chroniqueurs de droite des médias, notamment ceux des radios-poubelles, déplorent le supposé trop grand pouvoir des syndicats et revendiquent une limitation du rôle des syndicats dans notre société, alors ils travaillent ni plus ni moins à une augmentation des inégalités socioéconomiques au profit… des privilégiés et des mieux nantis, bien sûr. Et dire que plusieurs de leurs lecteurs et auditeurs soutiennent aveuglément leurs propos sans même réaliser que ces idées vont à l’encontre de leurs propres intérêts ! C’est ce qu’on pourrait qualifier de l’aveuglement idéologique.

Une politique fiscale juste et souhaitable

Ces données publiées par l’Institut Broadbent confirment que le nouveau gouvernement péquiste a tout à fait raison d’essayer de rétablir une plus grande justice fiscale au Québec. De fait, si nous laissons les milieux d’affaires dicter, par l’entremise de médias complices et complaisants, les politiques sociales et économiques du Québec, l’appauvrissement de la majorité continuera de s’accentuer au profit de l’enrichissement toujours plus grand d’une minorité.

Pire encore, le refus des privilégiés de payer leur juste part et l’impossibilité de toujours refiler la facture à la classe moyenne mettent en péril à moyen terme la survie de nos services publics.

C’est donc le bien commun qu’on est en train de sacrifier sur l’autel de l’égoïsme de nos mieux nantis.

Lien pertinent

Le rapport de l’institut Broadbent