Concentration de la richesse

8 novembre 2012

Concentration de la richesseEn matière économique, on entend souvent l’argument suivant : « créons la richesse d’abord avant de la redistribuer ». À première vue, il est difficile de contester pareille évidence. Pourtant, dès le départ, quelque chose cloche. C’est comme si l’on tenait pour acquis qu’il n’y avait pas de richesse à distribuer. Or, cette assertion ne correspond pas à la réalité. Ensuite, on laisse entendre que la redistribution de la richesse, une fois créée, se fera tout naturellement par la seule bonne volonté des possédants. Et là, point n’est besoin de faire une longue enquête pour douter de cette présomption de générosité. « Déréglementons le marché et laissons la concurrence établir l’équilibre », soutiennent les tenants du libre marché. Alors, qu’arrive-t-il au juste lorsqu’une période de prospérité permet la création d’une immense richesse et qu’on laisse les mécanismes du libre marché jouer ? Trois chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zürich ont tenté de répondre à cette question fondamentale.

« Un noyau de 147 multinationales contrôle 40 % du chiffre d’affaires mondial »

Ces chercheurs, après avoir analysé une base de données de 45 000 entreprises sur les cinq continents, en arrivent à la conclusion suivante : « Un noyau de 147 multinationales contrôle 40 % du chiffre d’affaires engendré par les entreprises au niveau mondial. En allant plus loin, cela signifie que 0,7 % des entreprises mondiales contrôle 80 % des richesses. » Cette recherche, dont les grandes conclusions ont été publiées dans la section Économie du journal Le Monde, démontre, si besoin était, que s’il n’est pas facile de créer la richesse, il est encore plus difficile de la partager lorsqu’on la possède. La richesse accumulée par ces compagnies dépasse de loin celle de nombreux États souverains. Il semble bien que le laisser-faire provoque une grande concentration de la richesse. Et quand un système économique laisse concentrer une pareille puissance économique dans les mains de quelques-uns, la démocratie est en danger. C’est d’ailleurs ce que soutient Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, dans son plus récent ouvrage intitulé Le prix de l’inégalité.


Liens

Un nœud de 147 sociétés au cœur de l’économie mondiale

L’économiste Joseph Stiglitz, « L’anti-FMI »