Équilibre budgétaire : les dangers d’une trop grande austérité

16 novembre 2012

Équilibre budgétaire : les dangers d’une trop grande austéritéCette semaine, le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, présente le premier budget du gouvernement péquiste. Face à la précarité de la reprise économique mondiale, la recherche de l’équilibre budgétaire ne doit pas être érigée en dogme. La plus grande prudence s’impose, car de plus en plus d’observateurs s’inquiètent à bon droit des effets contreproductifs de politiques d’austérité budgétaires trop sévères qui pourraient aggraver une situation économique déjà difficile. Au Québec, des solutions temporaires sont certes possibles, mais il faudra aussi examiner des solutions à moyen et à long terme du côté des revenus, car malheureusement, et bien que je ne le souhaite aucunement, le plus difficile pourrait bien être à venir.

Des solutions temporaires existent

Parmi les solutions temporaires à la portée du ministre Marceau, un report d’un an de l’atteinte de l’équilibre budgétaire doit être envisagé, comme vient de le faire le gouvernement fédéral et comme le réclament plusieurs organisations progressistes. Cela ne serait pas une catastrophe, mais avant d’en arriver là, la suspension des paiements au Fonds des générations pour un an serait une autre avenue. Il serait mal avisé de s’endetter alors qu’on met de l’argent de côté dans le Fonds des générations.  En outre, la lutte contre la corruption et la rigueur dans l’administration publique sont plus que jamais à l’ordre du jour. Avec les révélations choquantes de la Commission Charbonneau, les citoyennes et les citoyens exigeront un important redressement dans les mécanismes d’octroi des contrats avant qu’on ne leur serre davantage la ceinture.

Mais il faut aussi des solutions à plus long terme

Quand les gouvernements parlent d’équilibre budgétaire, ils ont tendance à toujours regarder du côté des dépenses. Si des resserrements dans certains secteurs peuvent parfois sembler souhaitables, ils ne doivent pas se faire au détriment de la qualité et de l’accessibilité des services publics, et de la stimulation de l’économie. Contrairement à ce que véhiculent présentement les partis de l’opposition, les solutions ne se trouvent pas uniquement du côté de l’accélération des compressions dans les services à la population. Le ministre des Finances devrait poursuivre sa recherche de revenus supplémentaires, car la croissance des dépenses de programmes projetée à 2,4 % est nettement insuffisante. Déjà, nous constatons l’effet des compressions des dernières années sur la capacité de maintenir les services et sur la perte d’expertise au sein de la fonction publique québécoise. Par ailleurs, en éducation, en santé et dans les services sociaux, les attentes et les besoins sont grands.

Du côté des revenus, diverses mesures permettraient au gouvernement de renflouer ses coffres, notamment mettre fin aux recours à la sous-traitance, adopter des mesures fiscales progressives et effectuer un meilleur contrôle des coûts liés aux médicaments. J’ai déjà eu l’occasion de présenter l’essentiel de ces mesures en tant que porte-parole du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) et j’invite le ministre Marceau à s’en inspirer. Le gouvernement a accru ses efforts depuis quelques années pour lutter contre l’évasion fiscale. Il doit maintenant aller plus loin. Il doit combattre l’évitement fiscal qui permet à des banques et à de grandes entreprises de se soustraire à leurs obligations fiscales à l’ombre des cocotiers, en toute impunité, pendant que la classe moyenne écope.

Mettre un terme au gaspillage résultant de la corruption endémique et rétablir une plus grande justice dans notre système fiscal sont devenus des impératifs comme je le mentionnais dans un billet précédent.  C’est une question urgente, une question d’équité que l’on ne saurait éluder comme société si l’on veut regagner la confiance des gens, une confiance qui, faut-il le rappeler, s’effrite chaque jour au rythme des déclarations entendues à la Commission Charbonneau.


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