Une formation qualifiante pour les moins de 20 ans

20 décembre 2012

Une formation qualifiante pour les moins de 20 ansOn parle beaucoup de décrochage scolaire au Québec, et tous conviennent qu’il est nécessaire que le plus grand nombre obtienne un premier diplôme avant l’âge de 20 ans. Mais, étrangement, lorsqu’on parle d’un premier diplôme, on parle presque uniquement du diplôme d’études secondaires (DES) et bien peu du diplôme d’études professionnelles (DEP). Ils constituent pourtant les deux diplômes que tout jeune peut obtenir au secondaire.

Le Conseil supérieur de l’éducation a jeté un pavé dans la mare, le 4 décembre dernier, lors de la publication de son rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2010-2012, intitulé Pour une formation qualifiante chez les jeunes de moins de 20 ans, lever les obstacles à la formation professionnelle au secondaire.

La formation professionnelle, une voie normale de formation

Dans ce rapport, le Conseil propose de considérer la formation professionnelle comme une voie normale de formation pendant les études secondaires, au même titre que la formation générale. Si cette proposition était appliquée, elle constituerait un changement de cap majeur quant aux cheminements possibles au deuxième cycle du secondaire.

En effet, actuellement, à peine six jeunes sur cent obtiennent un diplôme d’études professionnelles avant l’âge de 20 ans. Parmi ces six personnes, quatre ont déjà un DES, et deux seulement obtiennent un DEP comme premier diplôme.

Taux d’obtention d’un diplôme en formation professionnelle,
selon le secteur et l’âge (%)

1985-1986

1995-1996

2005-2006

2009-2010

Ensemble

17,7

19,6

30,7

34,6

Jeunes ou moins de 20 ans chez les adultes

12,8

4,7

6,5

6,1

Premier diplôme

8,0

1,3

2,2

1,9

Après le DES

4,8

3,5

4,3

4,2

Adultes de 20 ans ou plus

4,9

14,9

24,2

28,5

Premier diplôme

2,5

4,8

9,5

13,3

Après le DES

2,3

10,1

14,7

15,2

Si les jeunes choisissent aussi la formation professionnelle, c’est qu’ils se retrouvent très majoritairement en formation générale, la pression étant très forte d’obtenir le fameux DES.

En formation professionnelle, le Québec est loin derrière

Pourtant, si l’on compare le Québec avec les pays de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), on remarque qu’au Québec, les filières de la formation générale sont nettement plus fréquentées que les filières de la formation professionnelle. Tellement plus fréquentées que le Québec se classe au premier rang des pays de l’OCDE avec un écart de 27 points par rapport à la moyenne. Le Québec est donc le champion du monde en matière de formation générale.

Si l’on poursuit cette comparaison au chapitre de la formation professionnelle, on se rend compte que le Québec est loin derrière la moyenne des pays industrialisés. En Finlande, par exemple, 88 % des jeunes choisissent la formation professionnelle au secondaire. Toutefois, ces élèves ne se dirigent pas tous vers le marché du travail. Un diplôme en formation professionnelle conduit autant vers l’enseignement supérieur qu’un diplôme en formation générale.

Or, qu’essaie-t-on de faire avec la lutte au décrochage scolaire ? On essaie d’augmenter encore le nombre de personnes diplômées en formation générale.

Ne serait-il pas préférable qu’après le troisième secondaire, qui constitue le socle commun de connaissances, les élèves puissent avoir droit à une plus grande diversité de parcours incluant la formation générale et la formation professionnelle ?

Un changement de mentalité au ministère

Cela ne serait-il pas une solution pour atteindre une plus grande persévérance scolaire ? Mais attention : il n’est pas question ici de diriger les élèves ayant des difficultés vers la formation professionnelle. Au contraire, il s’agit de respecter les goûts et les aspirations des jeunes.

Une telle modification nécessiterait un changement de mentalité au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), qui a fait de l’adéquation formation-emploi une quasi-religion. En effet, selon le MELS, il n’est pas question de former des chômeurs. Par conséquent, on contingente la formation professionnelle pour que le nombre de personnes diplômées n’excède pas les besoins du marché du travail. Or, on doit arrêter de voir la formation professionnelle comme étant une voie menant uniquement au marché du travail. Cette formation constitue une formation de base au même titre que la formation générale. Par conséquent, elle doit pouvoir conduire à des études supérieures aussi.

En conclusion, rappelons les trois défis auxquels nous convie le Conseil supérieur de l’éducation : améliorer l’accès à la formation professionnelle pendant les études secondaires ; favoriser la réussite de la formation générale, qui rend possibles les études ultérieures et l’apprentissage tout au long de la vie ; travailler en synergie afin de contribuer à la qualification du plus grand nombre possible de jeunes.