Louise Laurin, l’assurance tranquille d’une femme de conviction

11 janvier 2013

Louise Laurin

Évoquer le nom de Louise Laurin, c’est tout naturellement évoquer une femme hors du commun. Tout au long de sa vie, dans toutes les fonctions qu’elle a occupées, elle s’est engagée dans l’action en appui à ses convictions les plus profondes.

Les causes qu’elle a servies sont nombreuses : défense des personnes réfugiées, éducation interculturelle, souveraineté du Québec, laïcité. Chaque fois, elle a manifesté de l’ouverture d’esprit, une capacité de convaincre et de rassembler, de la détermination et de l’humilité. Pour elle, défendre une cause n’était nullement une façon de se mettre en évidence, mais une occasion de défendre des idées et de contribuer à l’évolution de la société québécoise vers plus d’humanité, de justice et de démocratie.

Artisane de la laïcité scolaire

Plus particulièrement dans le dossier de la laïcité, elle a eu le grand mérite de mettre sur pied, en 1993, la Coalition pour la déconfessionnalisation des commissions scolaires. Il faut se reporter à cette époque pour bien comprendre à quel point cette idée même de la laïcité soulevait les passions et suscitait la plus vive opposition de certains groupes religieux. Pour d’autres, c’était le scepticisme qui s’exprimait : « comment réussir à modifier le statut des commissions scolaires dans le contexte de la Constitution canadienne ? Cette question n’était-elle pas en suspens depuis le rapport Parent, aucun gouvernement du Québec n’ayant osé s’y attaquer ? »

Un combat social, syndical, culturel et populaire

C’était bien mal connaître Louise Laurin que de croire que ce défi la rebuterait. En réunissant autour d’elle une cinquantaine d’associations syndicales, culturelles, populaires et communautaires, représentant près de deux millions de personnes aux intérêts parfois divergents sur d’autres questions, elle a su donner un nouveau souffle à la revendication d’un système scolaire adapté à la diversité de la société québécoise et respectueux des libertés fondamentales. C’est ainsi qu’elle a contribué à l’évolution du Québec vers la modernité.

«On peut raisonnablement croire que cela n’aurait pu être possible sans les convictions inébranlables et l’assurance tranquille de Louise Laurin.»

Cette coalition est devenue un véritable fer de lance au sein de la société civile qui aura favorisé l’émergence d’un véritable consensus social et, ainsi, permis à la ministre de l’Éducation de l’époque, Pauline Marois, d’aller négocier un amendement constitutionnel qui a permis la création des commissions scolaires linguistiques.

Un engagement citoyen qui force le respect

On peut raisonnablement croire que cela n’aurait pu être possible sans les convictions inébranlables et l’assurance tranquille de Louise Laurin. Elle a su inscrire son engagement dans la durée, car elle savait bien que les changements sociaux qui rompent avec les valeurs établies et le pouvoir des institutions en place ne peuvent résulter que d’une action soutenue et tenace. À ce titre, elle représente un modèle pour toutes les personnes engagées dans une lutte. Elle était de ces militantes qui ne renoncent jamais, qui savent exprimer les orientations qu’elles défendent avec force et dans le respect des autres, et qui ne servent ni leur intérêt personnel, ni leur notoriété individuelle.

De toutes les luttes qu’elle a menées, celle sur la laïcité mériterait, à elle seule, qu’on lui rende hommage tellement sa contribution a été déterminante pour l’évolution de la société québécoise vers la modernité. Le seul regret que l’on puisse avoir devant ce parcours sans faute, c’est que la société québécoise n’ait pas reconnu pleinement son apport remarquable et ne lui ait pas manifesté toute la reconnaissance qu’il commandait.