Se souvenir des victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles : une obligation

26 avril 2013

Le 28 avril marque le Jour commémoratif des personnes décédées ou blessées au travail. Instaurée mondialement à l’initiative du mouvement syndical canadien, cette joSe souvenir des victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles : une obligationurnée de deuil est une occasion pour se souvenir de toutes les victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles.

La Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) se réjouit, chaque année, de la diminution du nombre de lésions professionnelles indemnisées au Québec. Cette apparente bonne nouvelle ne reflète toutefois pas la réalité, puisque bon nombre d’accidents ou de maladies attribuables au travail ne font l’objet d’aucune déclaration à la CSST ou sont refusés par celle-ci. Cela est particulièrement vrai au regard des lésions psychologiques et de la plupart des réclamations pour maladie professionnelle. Chaque jour, des dizaines de travailleuses et de travailleurs sont blessés au travail. Encore en 2012, 211 travailleuses et travailleurs ont perdu la vie, soit 75 des suites d’un accident et 136 en raison d’une maladie reliée à leur travail.

Des conséquences humaines et financières

Une récente étude de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) évalue à au moins 4,64 milliards de dollars le coût annuel des lésions professionnelles au Québec. Ses auteurs reconnaissent que ces coûts sont sous-estimés en raison des limites mêmes de leur analyse.

La plus grande part de ces coûts, soit 69 %, est supportée par les travailleuses et les travailleurs : frais funéraires au-delà de la portion indemnisée, perte de revenus en raison d’une insuffisance des indemnités, perte d’avantages sociaux, travail domestique ou ménager non effectué et, surtout, douleur, anxiété, stress et perte de jouissance de la vie pour la personne accidentée, sa famille et ses amis. Les seuls coûts humains représenteraient 2,86 milliards annuellement.

Des revendications légitimes

La collectivité assume environ 7 % de ces coûts globaux, soit un peu plus de 330 millions. Cela ne laisse qu’une part de 24 % qui soit assumée par les employeurs, ces derniers étant pourtant responsables au premier chef de l’organisation du travail et des risques que celle-ci génère. Cela n’empêche pas les employeurs de crier sur tous les toits que les coûts qu’ils doivent financer sont exorbitants et qu’il faut sabrer les bénéfices aux travailleuses et aux travailleurs, qu’il s’agisse du retrait préventif de la travailleuse enceinte ou de l’indemnisation des lésions professionnelles. Cette étude vient grandement miner leur crédibilité à cet égard.

Misons sur la prévention

Les résultats de cette étude sont certainement préoccupants. S’il est vrai, comme l’affirme le slogan de la CSST, que « le Québec a besoin de tous ses travailleurs » (sic), la prévention doit devenir le principal objectif poursuivi par le gouvernement du Québec dans une éventuelle modernisation du régime québécois de santé et sécurité du travail. Cela passe notamment par la création de comités de santé et sécurité et par l’élargissement de la fonction de représentante ou de représentant à la prévention.

Le gouvernement devra prêter une oreille attentive aux représentations de tout le mouvement syndical québécois et aux groupes communautaires voués à la défense des victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles, et non aux seules jérémiades patronales.

 


Références

Étude de l’IRSST
Jour de deuil
Journée mondiale sur la santé et la sécurité au travail
Site SST de la CSQ