Discours du Trône: quand l’hypocrisie est utilisée à des fins de propagande politique

18 octobre 2013

Discours du Trône: quand l’hypocrisie est utilisée à des fins de propagande politiqueÀ écouter le dernier discours du Trône du gouvernement Harper, on aurait pu croire que la défunte entreprise Distribution aux consommateurs, disparue en 1996, venait de ressusciter à Ottawa.

Tel un catalogue de Distribution aux consommateurs

Distribution aux consommateurs a connu beaucoup de succès à l’époque avec ses magasins entrepôts où le consommateur se rendait et choisissait ses articles en feuilletant un attrayant catalogue aux pages glacées. À certains moments, c’est exactement à cela que ressemblaient de grands passages du discours du Trône : un beau catalogue publicitaire vantant avec beaucoup d’exagérations, et bien des omissions, les mérites de ce gouvernement.

Un pays et un gouvernement méconnaissables

Les pages étaient si bien glacées afin d’éblouir que l’on avait de la difficulté à reconnaître le pays et le gouvernement dont il était question. Je veux bien qu’un gouvernement s’efforce de se montrer sous son meilleur jour, mais il y a tout de même une limite et un minimum de décence à déformer les faits et à nier la réalité.

À trop en mettre, on obtient l’effet contraire de celui recherché. Ce qui explique qu’hier, le discours du Trône transpirait la plupart du temps l’hypocrisie plutôt qu’un autre sentiment plus noble que l’on a voulu susciter. À moins qu’après sept ans de pouvoir, Stephen Harper soit littéralement déconnecté de la réalité ?

De Lac-Mégantic aux peuples autochtones

Il faut être un gouvernement hypocrite pour ouvrir ce discours en invitant à un moment de silence pour les gens de Lac-Mégantic, alors que près de quatre mois après la tragédie, on n’a toujours rien fait de concret pour les aider. Sans oublier que ce gouvernement, en favorisant la déréglementation dans le transport ferroviaire, a créé indirectement les conditions qui ont rendu possible une telle catastrophe.

Ça sent également l’hypocrisie quand un gouvernement se vante de son ouverture et de sa sensibilité envers les droits des peuples autochtones alors que les Nations Unies sont suffisamment inquiètes pour envoyer au Canada un rapporteur spécial afin de faire état de la situation. Il ne faut pas non plus oublier la grave crise qui a opposé, l’hiver dernier, la communauté d’Attawapiskat au nord de l’Ontario au gouvernement fédéral.

Les faux artisans de paix

Comment les conservateurs peuvent-ils se présenter comme des « artisans de paix », eux qui ont justement ruiné l’image pacifiste du Canada héritée de Lester B. Pearson et de ses Casques bleus dans les années 1950, et entretenue jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Stephen Harper ?

Un gouvernement producteur de détresse et d’insécurité

Que dire de ce gouvernement qui prétend « ne pas abandonner nos concitoyens dans leurs moments de détresse et vouloir veiller à leur bien commun », alors qu’il condamne lui-même à la détresse des milliers et des milliers de travailleuses et de travailleurs, ainsi que leur famille, en leur coupant l’accès à l’assurance-emploi ? À l’heure où les temps économiques difficiles que nous traversons font assez de victimes, notre bon (!) gouvernement nous promet de contribuer en dégraissant encore plus l’appareil de l’État et en jetant un plus grand nombre de ses propres travailleurs à la rue. Ça doit être une nouvelle façon de veiller sur notre bien commun…

Une application iPhone en compassion pour nos héros

Quoi qu’il en dise, ce gouvernement n’a guère plus de compassion à l’égard de ceux-là mêmes qu’il envoie à la guerre au risque de leur propre vie. À leur retour au pays, il oublie rapidement « ces héros qui font la fierté de notre pays », dit-il, pour les laisser se débrouiller seuls avec leur détresse, une application iPhone entre les mains. Que l’on se rassure, notre gouvernement n’est pas entièrement sans cœur : ceux qui y laissent leur peau sont assurés de bénéficier de « funérailles dignes » aux frais de l’État.

Encore un peu plus d’énormités…

Les énormités de ce discours du Trône ne s’arrêtent malheureusement pas là. Il y a aussi ce passage où l’on nous assure que « notre gouvernement croit que le développement des ressources naturelles doit respecter l’environnement », comme si le pétrole sale de l’Alberta, largement subventionné par Ottawa, n’existait pas. Tant qu’à être dans les énormités, on pousse encore plus loin en encensant ce Canada, qui représenterait supposément « ce qu’il y a de juste et bon dans le monde […] respectueux de nos engagements », faisant fi de cette signature reniée par Harper au bas d’un certain protocole de Kyoto !

Les mensonges et les omissions abondent dans ce discours du Trône. Pourtant, notre Tartuffe de premier ministre n’a pas craint de les multiplier, comme si ce que nous en penserions a bien peu d’importance.

Un premier ministre qui nous vend sa salade

Quelques observateurs ont fait remarquer que le discours du Trône avait plus le ton d’un dirigeant d’entreprise essayant de vendre sa salade aux consommateurs, qu’un premier ministre s’adressant à ses concitoyens. C’est tellement vrai qu’aussitôt le discours du Trône prononcé, Stephen Harper, ce grand démocrate (!), a quitté Ottawa peu soucieux d’entendre les réactions des élus de l’opposition, pas plus que les commentaires des analystes et des citoyens.

À l’instar du PDG de Distribution aux consommateurs autrefois, Stephen Harper croit dur comme fer que sa marque de commerce est la meilleure. Ce qui n’a pas empêché les consommateurs d’hier de laisser tomber Distribution aux consommateurs…