Les syndicats pris pour cible par les conservateurs

5 novembre 2013

Les syndicats pris pour cible par les conservateursAttaques directes contre la formule Rand, retour du projet de loi C-377, implantation de mesures de types « right to work » dans la juridiction du travail fédérale, les délégués conservateurs n’en ont pas raté une seule dans ce qu’il convient d’appeler leur guerre ouverte contre les organisations syndicales.

Des résolutions télécommandées

Les délégués conservateurs ont été séduits par les prétentions d’organisations comme Labour Watch (www.labourwatch.com). Cette organisation patronale a fait du lobbying en vue de faire adopter les projets de loi C-377 (www.louisechabot.ca/lombre-qui-se-cache-derriere-c-377/) et C-525 (rabble.ca/blogs/bloggers/dave-coles/2013/06/another-salvo-conservative-governments-war-against-working-people-). Son but est d’affaiblir le pouvoir de négocier des travailleuses et des travailleurs canadiens pour s’assurer d’avoir le gros bout du bâton quand vient le temps de déterminer leurs conditions de travail.

Abolissons la formule Rand

Imaginons un instant que la formule Rand n’existe plus. Les employeurs du Canada n’ont plus l’obligation légale de percevoir la cotisation syndicale directement sur la paie des travailleurs syndiqués et de la remettre à leur syndicat. Imaginons que nous infirmons la décision du juge Rand prise à la suite d’un violent conflit de travail à l’usine Ford de Windsor, en Ontario, en 1946.

En enlevant cette obligation de payer la cotisation syndicale, certains travailleurs seraient enclins à ne pas la payer, tout en continuant à bénéficier des services du syndicat et des avantages obtenus lors des négociations collectives. Cela viendrait créer une iniquité entre les travailleurs syndiqués et affaiblirait le syndicat en le plaçant dans une situation financière précaire.

Au final, cela empêcherait le syndicat de répondre à son obligation de représenter ses membres, de défendre leurs droits et de négocier de meilleures conditions de travail. En l’absence d’une sécurité de revenu pour les syndicats, la paix industrielle est beaucoup plus ardue à maintenir, les conflits sont plus durs et plus longs, les syndicats ont un moins bon rapport de force et, ultimement, ce sont leurs membres et les travailleuses et les travailleurs qui écopent.

Le droit de travailler pour moins

La preuve n’est plus à faire que des lois du type « right to work » n’aident en rien les travailleuses et les travailleurs à améliorer leurs conditions de vie. Bien au contraire ! Dans les états américains où ce type de règlementation a été adopté, les conditions de travail se sont détériorées. Cela a été le cas tant pour les travailleurs syndiqués que pour les non-syndiqués !

Force est de constater que ces états ont vu leur taux de syndicalisation chuter dramatiquement. Quelque temps après, le taux de chômage a augmenté et les salaires ont diminué. Seuls les patrons ont bénéficié des effets de ces lois, la richesse se concentrant de plus en plus entre leurs mains et de moins en moins entre celles des travailleuses et des travailleurs qui voient réduire leur pouvoir d’achat comme peau de chagrin. Est-ce vraiment le genre de politique que nous voulons ici ?

Une résolution purement idéologique

Les conservateurs canadiens sont convaincus que la formule Rand brime la liberté d’association des travailleuses et des travailleurs canadiens. Or, il n’en est rien, même la Cour suprême du Canada s’est prononcée à ce sujet. Elle a statué qu’il n’y a pas de lien entre l’obligation de payer une cotisation à un syndicat et l’adhésion à une cause particulière que celui-ci défend.

Dans une société libre et démocratique comme la nôtre, l’obligation de cotiser à un syndicat qui défend les droits des travailleuses et des travailleurs se justifie largement. C’est, entre autres, grâce à cela que nous avons réussi à gagner des batailles comme celles de l’équité salariale, des congés parentaux, etc.

Les syndicats offrent une meilleure sécurité aux travailleurs plus vulnérables, ils défendent une plus juste distribution des revenus tout en prenant la défense des services publics, un rempart pour les moins nantis contre les coups durs qui peuvent arriver au cours d’une vie. Les pays qui ont un fort taux de syndicalisation sont également ceux où les inégalités progressent le moins. S’attaquer à la formule Rand, c’est s’attaquer à tout ça. Si le gouvernement conservateur veut le faire, il trouvera le mouvement syndical sur sa route.


Références :

Dépliant trouvé au congrès du Parti conservateur

La charge conservatrice anti-syndicale et les «right-to-work» laws aux États-Unis.

Right to Work is Wrong for Everyone

Résolutions du congrès du Parti conservateur du Canada

Right to work in Canada?

Right-To-Work Laws: Canada Would See Income Inequality Rise Under Weakened Unions, Study Says