Le Québec est dans le rouge : un vieux film en reprise

30 janvier 2014

Le Québec est dans le rouge : un vieux film en repriseC’est inévitable, dès qu’on approche le dépôt d’un budget du Québec, on en profite pour passer un vieux film d’horreur en reprise intitulé Le Québec est dans le rouge !Cette semaine, c’est le Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) de HEC Montréal qui a dévoilé une étude concluant une énième fois qu’on ne peut plus se permettre de payer pour nos services publics et qu’on doit sortir la hache au plus vite, imposer des tarifs et réduire les impôts.

Le Québec est pauvre

L’étude de HEC pourrait se résumer par ces deux affirmations :

1. Le Québec est pauvre, car il n’est pas assez productif et il n’exporte pas assez ;

2. Malgré le fait que le Québec soit plus pauvre qu’une majorité de provinces du Canada et de pays de l’OCDE, il cherche à s’offrir des services publics équivalents à ces derniers, ce qui a pour conséquence qu’il doit mobiliser une plus grande partie de richesse pour les payer.

Un problème de productivité ?

Le Québec a toujours été une des provinces pauvres du Canada. Cela n’a rien de nouveau. Par contre, ce que l’étude démontre, c’est que nous avons fait du progrès dans les 30 dernières années. Notre rythme de croissance économique moyen sur cette période est plus élevé que celui de l’Ontario (1,29 % contre 1,17 %) et il se compare à celui du Canada qui est gonflé par les provinces pétrolières (1,30 %).

Que le Québec accuse des retards en terme de productivité représente une autre vérité qui est connue de toutes et tous. Rappelons que pour rendre une économie productive, il faut investir dans la machinerie, dans la technologie et dans les compétences de la main-d’œuvre. Ici, le CPP fait fausse route en proposant encore et encore des baisses d’impôt aux entreprises afin de favoriser l’investissement. La dernière décennie a bien démontré que cette solution n’est pas efficace.

Le taux d’imposition des entreprises a constamment diminué depuis les années 2000 et Québec a aboli la taxe sur le capital. Pourtant, comme le démontre le graphique 27 de l’étude de HEC, l’investissement privé n’a pas augmenté pour autant ! On constate plutôt que les entreprises engrangent leurs profits (business.financialpost.com/2012/08/22/dont-blame-the-loonie-for-weak-exports-carney-tells-caw/) et s’assoient sur un coussin doré ! (policyalternatives.ca/publications/reports/having-their-cake-and-eating-it-too)

Un peu de rigueur

On s’attendrait d’un centre dont l’objet de recherche principal est la « productivité » qu’il soit un peu moins idéologique dans ses propositions de solution ! D’ailleurs, si l’on regarde parmi les pays les plus productifs, plusieurs ont une fiscalité beaucoup plus imposante que la nôtre. Il n’y a donc même pas de corrélation et encore moins de causalité entre impôts élevés et improductivité !

La préoccupation de l’augmentation de la productivité de l’économie québécoise est réelle. Nous devons y consacrer des énergies et nos meilleurs esprits. Par contre, nous devons concevoir les services publics comme étant une partie intégrante de cette quête. En effet, une main-d’œuvre bien formée, en santé et qui a tout l’appui social nécessaire pour concilier la vie de famille et le travail risque sans nul doute d’être plus productive !

La « Cadillac » des services publics québécois

On apprend aussi dans cette étude que les dépenses publiques par habitant au Québec ne sont pas tellement plus élevées qu’ailleurs au pays (18 422 $ au Québec, contre 16 891 $ en Ontario et 17 521 $ en moyenne au Canada). Si ces dernières occupent une plus grande place dans notre économie, c’est, encore une fois, qu’on est moins riches qu’ailleurs au Canada.

Les Québécoises et Québécois ne souhaitent pas se payer une Cadillac, ils souhaitent plutôt avoir les mêmes services que leurs voisins du Canada, même s’ils doivent faire quelques efforts budgétaires supplémentaires pour y arriver.

À ce chapitre, le Québec démontre un meilleur contrôle de l’évolution de son secteur public que l’Ontario et le reste du Canada (selon le graphique 12 de l’étude du CPP). En effet, nos dépenses publiques ont augmenté de 40 % depuis les années 1980, alors que cette croissance est de 56 % en Ontario et de 48 % au Canada. Brandir l’épouvantail d’une augmentation de 60 % (concernant uniquement le budget de la santé et des services sociaux) en généralisant comme l’a fait le Journal de Montréal cette semaine est tout simplement malhonnête. Ce poste budgétaire a augmenté beaucoup avec l’ouverture des centres de la petite enfance et les programmes d’aide aux personnes âgées, mais les études démontrent qu’il s’agit là d’investissements bénéfiques à long terme.

Peut-on discuter entre adultes ?

Au sortir d’une crise économique, le gouvernement du Québec peut se vanter d’avoir ses dépenses sous contrôle (peut-être même un peu trop à mon goût), mais il hérite de sérieux problèmes sur le plan de ses revenus. Alors, au lieu de crier à la catastrophe et de tout démanteler ce que l’on a mis cinquante ans à bâtir en matière de services publics, pourrait-on discuter intelligemment des finances publiques ? La CSQ demande depuis longtemps un sommet sur la fiscalité et les moyens de financer adéquatement nos services publics pour en favoriser l’accès et la qualité. Tous les acteurs au Québec s’entendent pour dire qu’il faut faire quelque chose. Il serait grand temps de s’asseoir et de se parler, entre adultes, sans se conter de peurs.