Une journée pour se souvenir, une année pour agir

29 avril 2014

Une journée pour se souvenir, une année pour agir Nous connaissons toutes et tous quelqu’un qui a déjà été victime d’un accident lié au travail. Ce n’est jamais facile de vivre avec les conséquences d’un tel accident.Cette année, pour 184 familles, les conséquences ont été tragiques. Le 28 avril est la Journée internationale de commémoration des travailleuses et des travailleurs morts ou blessés au travail. C’est le moment pour nous souvenir de ces tragédies qui auraient pu être évitées. Aujourd’hui, au lendemain de cette journée de commémoration, nous devons réfléchir sérieusement à la prévention.

L’avenir des lésions professionnelles

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit que d’ici 2020 (dans six petites années), les lésions psychologiques seront la principale cause d’invalidité dans le monde. Pourtant, très peu d’efforts sont faits pour prévenir ces lésions et leurs causes.

La santé mentale ne se résume pas à avoir des troubles diagnostiqués et médicamentés. Avoir une bonne santé mentale, c’est un état de bien-être. C’est pouvoir se réaliser, avoir un travail productif et y trouver du sens. C’est contribuer à la vie de sa communauté. C’est plus qu’une simple affaire individuelle, c’est aussi lié au bien-être collectif.

Le stress au travail, loin d’être bénin

Les transformations du monde du travail sont loin d’être sans conséquence. La précarisation du travail, la croissance de l’emploi à temps partiel, l’augmentation du recours aux agences de placement, les horaires scindés, l’obligation de travailler pour plus d’un employeur afin d’avoir des revenus suffisants pour subvenir à ses besoins sont tous des sources de stress.

Le calcul du temps de travail, qui cause déjà des ravages en mettant une pression indue sur les travailleuses et travailleurs du secteur privé, s’invite maintenant dans le secteur public. La méthode Lean que des firmes de consultation implantent présentement (à grand coût !) dans notre système de santé n’a pas apporté de solution aux augmentations de coûts du système, mais elle a radicalement transformé et déshumanisé le travail du personnel de la santé et des services sociaux.

Frontière floue entre travail et vie personnelle

Avec les nouvelles technologies, la frontière entre la vie privée et le travail s’efface de plus en plus. Le personnel enseignant et le personnel professionnel rapportent déjà du travail à la maison. Parlez-en à n’importe quel enseignant, psychologue, orthophoniste, etc. !

Les membres du personnel de la santé et des services sociaux sont aussi sollicités bien après les heures normales de travail. Que ce soit parce qu’ils sont sur appel, parce qu’on leur impose des heures supplémentaires obligatoires ou parce qu’ils pensent à leurs patients ou à leurs cas, n’ayant pas pu leur consacrer tout le temps souhaité, les personnes qui travaillent dans le domaine de la santé et des services sociaux subissent également une pression importante.

L’importance de la prévention

En 2013, les estimations faites par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) quant aux coûts globaux réels des lésions professionnelles pour l’ensemble de la société québécoise sont de plus de 4,6 milliards de dollars annuellement. C’est d’autant plus inquiétant que les chercheurs de l’IRSST soupçonnent que les chiffres sont sous-estimés en raison d’une sous-déclaration des accidents et des maladies à la CSST.

Nous n’avons pas les moyens de nous permettre de ne pas investir davantage en prévention. Une « modernisation » du régime de santé et de sécurité du travail s’impose. La Loi sur la santé et la sécurité du travail ne s’applique actuellement en totalité qu’à environ 20 % des travailleuses et travailleurs des secteurs désignés comme prioritaires par la CSST en 1980.

Une véritable modernisation du régime repose sur le renforcement des mécanismes de prévention. Il faut les étendre aux secteurs ignorés jusqu’à présent et caractérisés entre autres par une forte présence féminine. Les lois en SST et leurs réglementations doivent être revues pour tenir compte de l’évolution des emplois depuis 35 ans et de l’émergence de nouveaux risques. Il en va de la santé de la population, mais également de nos finances publiques.