Fort probable qu’on ait affaire à un canard

23 mai 2014

Fort probable qu’on ait affaire à un canardJ’ai assisté au discours de Philippe Couillard dans le cadre de l’ouverture des travaux de l’Assemblée nationale et je dois vous dire que je suis perplexe et inquiète. Inquiète, parce que toutes les mesures proposées par M. Couillard et son équipe ne manqueront pas d’affecter directement les services à la population.

Inquiète, parce que le réseau de l’éducation ne peut encaisser d’autres compressions sans souffrir de lourdes conséquences. Déjà, cette semaine, à la Commission scolaire de Montréal, on a annoncé des suppressions de postes touchant le personnel professionnel en service direct aux élèves. Ça n’augure rien de bon pour le reste du réseau.

Inquiète, aussi, parce qu’année après année, le personnel soignant fait les frais des obsessions pour la restructuration des ministres de la Santé qui se sont succédé, et ce, sans que les patients voient une amélioration notable des soins. Au lieu de mettre de nouvelles structures en place, ne pourrait-on pas régler les problèmes de surcharge de travail dans celles qui existent déjà ?

Des partenaires ?

Monsieur Couillard a voulu rassurer les personnes syndiquées des services publics en les assurant de son intention de les traiter comme des partenaires. Comme le premier ministre semble avoir un peu de difficulté avec les mots, j’espère que sa définition de partenaire se rapproche de la nôtre. Pour nous, des partenaires partagent la prise de décision, échangent des idées et travaillent ensemble à mettre en place des solutions.

Il serait dommage que le partenariat proposé par M. Couillard soit du type : « je vous écoute, mais je vais faire à ma tête ». Les personnes qui travaillent à offrir les services publics à la population méritent d’être écoutées et d’être prises au sérieux.

La novlangue

Il y a une expression qui dit que si ça cancane comme un canard, que ça marche comme un canard, que ça ressemble à un canard et que ça goûte le canard, il est fort probable qu’on ait affaire à un canard. Alors, pourquoi donc refuser obstinément de le nommer comme tel ?

Monsieur Couillard refuse de parler d’austérité. Il préfère parler de rigueur. Soit ! Dans ce cas, soyons rigoureux dans notre usage des mots. Lorsqu’on impose des compressions dans les services à la population au lieu d’augmenter les sources de revenus de l’État, ça s’appelle des mesures d’austérité. Je comprends que le terme est teinté négativement et que politiquement, ce n’est pas payant, mais on ne peut pas contester la définition qui est reconnue par la communauté scientifique internationale… Un docteur qui veut pratiquer une amputation sur son patient serait bien mal vu de lui présenter la chose comme une cure d’amaigrissement !