Parler des deux côtés de la bouche

6 février 2015

Parler des deux côtés de la bouche

Yves Bolduc, le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, est dur à suivre. Face aux défis du décrochage scolaire et de la nécessité d’améliorer les taux de réussite des élèves et des étudiantes et étudiants à toutes les étapes de leur parcours éducatif, le ministre Bolduc a eu une épiphanie : « le succès passe par une relation privilégiée entre les professeurs et leurs élèves », nous dit-il.

Une évidence pas si évidente

De prime abord, tout cela peut sembler d’une évidence énorme. Cela peut sembler être un pas dans la bonne direction. Par contre, dans les offres sectorielles qu’il a présentées au réseau de l’éducation dans le cadre des négociations du secteur public, il désire hausser le nombre d’élèves par classe, intégrant au passage les élèves en difficulté aux classes régulières sans aucune pondération.

En ajoutant à cela les compressions de près d’un milliard de dollars qui ont frappé durement le personnel professionnel et le personnel de soutien dans les écoles, on comprend mal comment tout cela est censé permettre au personnel enseignant d’établir un lien privilégié avec chacun de ses élèves.

La société des poètes disparus

Tout le monde a aimé ce film où Robin Williams incarne l’idée qu’on se fait tous d’un bon enseignant qui a du temps à consacrer à l’épanouissement de chacun de ses élèves. C’est probablement aussi l’idée que se fait M. Bolduc de notre réseau de l’éducation. Malheureusement, dans la vraie vie, ça prend plus qu’un scénario. Ça prend une vision cohérente du système de l’éducation, ça prend des investissements.

Pensée magique vs réussite scolaire

Cette déclaration du ministre Bolduc s’inscrit dans la ligne de pensée du gouvernement libéral : la pensée magique. Monsieur Bolduc semble prendre un peu trop au sérieux le dicton voulant que ce soit l’intention qui compte.

Quand on nous dit d’un côté qu’on a la réussite des élèves à cœur, on ne peut pas, de l’autre, imposer des compressions budgétaires et alourdir la tâche de celles et ceux qui accompagnent ces mêmes élèves dans leur parcours scolaire. Le ministre de l’Éducation aurait intérêt à ne parler que d’un seul côté de la bouche.