Erreur mathématique et stratégique

25 mars 2015

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En début de semaine, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a dévoilé une étude qui devrait choquer ses propres membres. L’étude vise à démontrer que les personnes salariées du secteur public seraient beaucoup trop payées par rapport à celles du secteur privé. De combien ? À en croire l’étude, le personnel de l’État serait avantagé de 21,2 % par rapport à celui du privé, une conclusion à mille lieues de celle de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Comment expliquer cet écart ?

L’ISQ se trompe-t-il à ce point ou serait-ce la FCEI qui a de sérieux problèmes méthodologiques ? Examinons la méthodologie de cette dernière pour mieux comprendre d’où provient cet écart.

Toute personne ayant suivi un cours de mathématique au secondaire sait qu’il existe une différence fondamentale entre la médiane et la moyenne. Le choix de la médiane n’est pas innocent, il permet d’augmenter artificiellement les disparités. Ce n’est pas la première fois que la FCEI erre dans ses équations. L’organisation a publié presque mot pour mot la même étude en 2011 et avait été sévèrement critiquée par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) (http://scfp.ca/la-lutte-des-salaires-qui-est-paye-le-plus-les-travailleurs-du-secteur-public-ou-ceux-du-secteur).

La FCEI en croisade contre ses membres

Que demande la FCEI ? De réduire la rémunération de tous les employés et employées du secteur public pour épargner au trésor public la faramineuse somme de 20 milliards de dollars (pour l’ensemble du Canada). Ce qu’elle semble oublier, c’est que la majorité de ses membres sont propriétaires de petites entreprises qui œuvrent dans le commerce de proximité et la vente de produits aux particuliers.

Ce seront les premiers à pâtir d’une diminution de la rémunération du personnel des services publics puisque ce dernier réduira ses achats. Ce phénomène serait encore pire dans certaines régions ou municipalités où le personnel de l’État représente la portion la plus importante de la masse salariale. A contrario, une augmentation de salaire des personnes salariées de la fonction publique se refléterait par des ventes plus importantes pour les commerçants membres de la FCEI.

C’est à se demander quelles sont les réelles priorités de cette organisation. Servir l’intérêt de ses membres ou les intérêts idéologiques de ses dirigeants ?

P. S. – Dans ses recommandations, la FCEI préconise de ne pas accorder d’augmentation salariale supérieure à l’inflation aux personnes salariées de la fonction publique. Comme les taux d’inflation sont d’environ 2 % par année (10 % sur cinq ans), ce n’est pas si loin de la demande de rattrapage salarial de 13,5 % réclamée par le Front commun !