Plus gros, moins efficace !

13 avril 2015

plusgros-moinsefficace

Ces derniers temps, la tendance en gestion publique est à la fusion et à la centralisation. Le gouvernement prétend que plus c’est gros, plus c’est efficace et moins ça coûte cher. Cet automne, le gouvernement du Québec a pris tout le monde par surprise en annonçant aux responsables des bureaux d’aide financière aux études (AFE) des cégeps et des universités des changements importants dans leur fonctionnement. C’est loin d’être une bonne idée.

De fait, dans les prochaines semaines, Québec s’apprête à retirer aux bureaux d’AFE des établissements le profil de traitement 3 qui leur permet de répondre et de traiter rapidement les demandes d’aide financière des étudiantes et étudiants. Depuis son implantation, il y a une dizaine d’années, le profil 3 confie aux bureaux d’AFE, par l’intermédiaire de personnel qualifié et d’un logiciel commun, la responsabilité d’effectuer le traitement des demandes d’aide financière plus complexes qui lui sont soumises, ce qui permet de minimiser les délais de traitement à un maximum de 48 heures.

Des délais qui décuplent !

Les changements proposés entraîneront une augmentation des délais de traitement de quatre à huit semaines seulement pour l’obtention du calcul de l’aide financière. Ensuite, les étudiantes et étudiants devront attendre près de deux semaines de plus pour la réception du premier versement. En tout, les personnes demandant une aide financière pourraient attendre jusqu’à dix semaines avant de toucher un premier chèque. C’est beaucoup trop long !

Comme ce sont les étudiantes et étudiants les plus vulnérables qui bénéficient de ces services, particulièrement dans le secteur de la formation continue et de l’éducation permanente (nouveaux immigrants, étudiants monoparentaux ou effectuant un retour aux études, etc.), il est à craindre que ces nouveaux délais inutiles aient un impact sérieux sur l’accessibilité et la persévérance aux études supérieures.

Plusieurs personnes n’ont tout simplement pas le luxe de rester dans l’incertitude et d’attendre, sans revenu, de savoir si elles pourront continuer d’étudier. Une décision étonnante pour un gouvernement qui a fait de l’adéquation entre la formation et le marché de l’emploi une véritable obsession.

Une décision idéologique qui fait l’unanimité contre elle

Tout le monde s’oppose à cette décision. Les étudiantes et étudiants, le personnel et les directions des cégeps et des universités concernés l’ont tous décriée. La Fédération des cégeps essaie depuis des semaines de raisonner le gouvernement à ce sujet.

Le gouvernement Couillard justifie sa décision par un souci d’économies et par le nombre élevé d’erreurs qui seraient faites par les cégeps et les universités.

Or, il refuse de chiffrer le montant des économies et d’exposer un portrait précis des erreurs qu’il souhaite corriger. Bien loin d’être une solution pragmatique, le tout semble plutôt relever d’une volonté bien idéologique de centralisation tous azimuts.

Éviter l’incertitude

Par trois fois, le gouvernement a reporté la date butoir pour le retrait du profil 3. La nouvelle rumeur parle du 3 mai 2015. Espérons que le gouvernement entende raison d’ici là et qu’il accepte de s’assoir avec les acteurs du milieu pour trouver des solutions raisonnées.

Pour des bénéfices minimes et bien hypothétiques, nous risquons de plonger plusieurs futurs étudiants et étudiantes dans l’incertitude et la précarité en allongeant indument les délais de traitement des demandes d’aide financière. Le Québec ne peut tout simplement pas se permettre de décourager celles et ceux qui souhaitent retourner aux études.