Le sabotage des services publics

11 septembre 2015

iris-blc

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a publié mercredi un inventaire1 exhaustif des mesures d’austérité imposées depuis 2014. Alignés les uns à la suite des autres, les chiffres donnent le tournis. Rarement aura-t-on assisté à une entreprise de déconstruction des services publics d’une telle envergure !

Avec des compressions s’élevant à plus de 3,5 milliards de dollars, on ne peut plus parler d’une simple opération de redressement des finances publiques. Il s’agit d’une véritable entreprise de déconstruction des services publics, et ce, en l’absence de débats dignes de ce nom. Heureusement, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer cette situation2.

Un inventaire exhaustif des mesures d’austérité

Il peut être difficile de saisir l’importance et la signification des mesures d’austérité tant les chiffres sont élevés et les secteurs touchés sont multiples. C’est ici que la démarche de l’IRIS prend toute sa valeur. Son nouveau site Web permet d’examiner le montant des compressions budgétaires et leurs impacts directs dans toutes les régions du Québec en termes de réductions de services, de hausses de tarifs et de suppressions de postes pour tous les secteurs concernés (éducation, santé et services sociaux, emploi, environnement, culture, famille, etc.).

Une entreprise de privatisation des services publics

Quelle est la meilleure façon de privatiser les services publics ? Il suffit de réduire leur financement jusqu’à ce que leur qualité et leur accessibilité soient remises en question. La vague de frustration et de mécontentement ainsi créée dans la population facilite alors ce virage.

Le gouvernement Couillard serait-il en train de procéder à une opération sournoise de ce genre ? C’est une hypothèse que l’on ne saurait écarter quand on examine, sur le site de l’IRIS, l’ensemble des manœuvres en cours.

Une autre avenue est possible

Chose certaine, une autre avenue est possible. Et il faut impérativement l’emprunter si nous voulons maintenir l’équité, la solidarité et le développement régional. Cette avenue passe, notamment, par un accroissement des revenus de l’État. C’est ce que notre organisation a soutenu, la semaine dernière, lors de la commission parlementaire sur les finances publiques3.

Toutefois, lors de ce simulacre de consultation publique, nous avons constaté que les décisions étaient déjà prises… sans qu’ait eu lieu un véritable débat sur la fiscalité. Pourtant, lors des dernières élections, le mot « austérité » n’a été prononcé que deux fois4 par Philippe Couillard et c’était pour dénoncer les compressions du précédent gouvernement…

La société québécoise est confrontée à un véritable déni de démocratie doublé d’une entreprise de sabotage des services publics que seule une large mobilisation sociale peut contrecarrer.


1. IRIS, Observatoire des conséquences des mesures d’austérité au Québec, austerite.iris-recherche.qc.ca.

2. SEYMOUR, Michel, Yvon RIVARD et Mélissa GRÉGOIRE (2015). « Le refus de gouverner », Le Devoir (9 septembre), www.ledevoir.com/politique/quebec/449553/le-refus-de-gouverner.

3. CENTRALE DES SYNDICATS DU QUÉBEC (2015). Mémoire intitulé Pour un financement adéquat et équitable des services publics, www.lacsq.org/fileadmin/user_upload/csq/documents/documentation/avis_memoires/2015-2016/D12720.pdf.

4. LAGACÉ, Patrick (2014). « Prêts à être ʺaustérisésʺ ? », La Presse (18 septembre), www.lapresse.ca/debats/chroniques/patrick-lagace/201409/18/01-4801262-prets-a-etre-austerises-.php.