Un projet de loi à réviser en entier

13 novembre 2015

Le projet de loi no 70 est une erreur monumentale. Non seulement vient-il imposer une approche punitive sans précédent aux bénéficiaires de l’aide sociale, mais en plus, il abolit Emploi-Québec et détruit une formule gagnante au nom de la « sacro-sainte » austérité.

Le principe de ça, là, c’est que la société, le contribuable, le payeur de taxes québécois fait un effort envers les personnes, un geste de solidarité, de partage, de générosité. Puis ça, en passant, ça fait notre marque de commerce. De l’autre côté, on demande à l’autre personne de faire un effort pour elle.

Cette citation de Sam Hamad, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, dit tout. Au nom du « contribuable » et du « payeur de taxes », on vient démolir une structure qui permettait à des gens de trouver un emploi, abolir des programmes qui permettaient à des gens de faire reconnaître leurs compétences et éliminer les lieux de concertation avec les acteurs de la société civile.

S’attaquer aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté

Avec ce projet de loi, le gouvernement Couillard veut forcer les bénéficiaires de l’aide sociale à accepter tout emploi « convenable » qu’on leur offrirait, sous peine de se voir couper de moitié leur déjà trop maigre pitance. Non content du flou entourant la notion même d’« emploi convenable », le ministre Hamad en rajoute en précisant qu’il n’y aura pas de critère de distance dans les offres d’emploi. En somme, nous dit-il, si un bénéficiaire de l’aide sociale de Montréal se fait offrir un emploi à Québec, il sera forcé de plier bagage et de se relocaliser.

Il n’y a pas de critère de distance. […] Si vous avez aujourd’hui une offre d’emploi qui vous amène de Montréal à Québec, […] c’est améliorer ses conditions de vie, c’est sortir de la pauvreté.

Difficile de voir comment s’éloigner de sa famille, de sa communauté et de ses réseaux est favorable au bonheur ! D’autant plus que les « emplois convenables » mentionnés sont pour la plupart du temps des emplois précaires ne permettant pas de se sortir de la pauvreté.

L’éducation, fer de lance de la lutte à la pauvreté

Dans ma région, la Mauricie, Sylvie Tardif, coordonnatrice générale du Centre d’organisation mauricien de services et d’éducation populaire, soulignait à Radio-Canada qu’il y avait peu d’emploi pour des gens n’ayant pas une grande scolarité

Photo: Jeremy Brooks

Photo: Jeremy Brooks

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Le véritable problème c’est que depuis fort longtemps, les gouvernements qui se succèdent au Québec s’attaquent aux pauvres plutôt qu’aux racines de la pauvreté. Pire encore, ils aggravent le problème en coupant en éducation et dans les autres services publics. La pauvreté est un cercle vicieux, là-dessus, le ministre Hamad a entièrement raison. Ce qu’il oublie c’est que c’est également un problème systémique requérant des solutions complexes et un réinvestissement dans les missions fondamentales de l’État.

L’éducation est la clé. Or, ce qui se dégage du projet de loi no 70, c’est une vision réductrice du système d’éducation comme un simple outil de formation ne bénéficiant qu’aux entreprises. En effet, il prévoit que malgré des besoins criants de formation en emploi, le Fonds de la formation sera sous-financé et ses objectifs s’élargiront pour inclure non seulement les personnes sans emploi, mais également la « future main-d’œuvre », les jeunes à scolariser.

Mieux arrimer formation et emploi, c’est fantastique, mais l’éducation ce n’est pas que la formation de la main-d’œuvre. C’est aussi la culture, les connaissances générales, la réalisation de soi, l’apprentissage de l’autonomie. C’est comme ça que l’on combat la pauvreté.

Si le gouvernement libéral voulait réellement éliminer la pauvreté au Québec, il arrêterait de frapper sur ceux qui sont déjà à terre et réinvestirait dans les outils qui leur permettent de s’en sortir.