Petit guide de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale

5 février 2016

330x220pauvrete-exclusion-socialeEn 2002, le gouvernement adoptait la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Quatorze ans plus tard, on se rend compte qu’on a beaucoup plus lutté contre les pauvres que contre la pauvreté. Coupes à l’aide sociale1, augmentations de tarifs2, compressions en éducation, en petite enfance, etc. Les mesures déployées par Québec ne semblent pas être en phase avec l’objectif de lutter contre la pauvreté.

Le gouvernement Couillard s’apprête à adopter le troisième plan d’action national de lutte contre la pauvreté. Je lui suggère ici quelques pistes prioritaires pour efficacement éradiquer la pauvreté et l’exclusion dans un avenir proche.

Agir en amont par l’éducation et la formation

Ce n’est certainement pas en réduisant comme peau de chagrin le budget des services de garde à la petite enfance à contribution réduite que l’on aidera la population à atteindre son plein potentiel. L’éducation, c’est prouvé, ça commence tout petit. La recherche abonde en ce sens : offrir un milieu éducatif de qualité aux enfants de tous les milieux, c’est favoriser l’égalité des chances tout au long de leur vie.

Investir dans le réseau de l’éducation s’impose à tous les paliers. Nos écoles primaires et secondaires, nos centres de formation professionnelle et de formation aux adultes et nos ressources en alphabétisation ont écopé de plus d’un milliard de dollars en compressions au cours des dernières années et ont besoin d’argent frais. L’éducation, c’est ça le véritable Fond des générations !

Pour sortir de la pauvreté, il faut de l’argent

Un adulte sans contrainte à l’emploi reçoit 623 $3 par mois en prestations d’aide sociale. À ce montant, il peut ajouter 200 $ en revenu de travail sans pénalité. En résumé, il peut donc gagner 9 876 $ par année. Le seuil de faible revenu pour 2015 au Québec est de 21 995 $4. On parle ici d’un écart de 12 119 $ par année.

Les personnes bénéficiant de l’aide sociale sont placées en situation de survie. Dans ces circonstances, comment trouver l’énergie nécessaire pour se chercher un emploi, s’alimenter convenablement et se former ?

Un soutien financier qui couvre les besoins de base5 permettrait aux personnes en situation de pauvreté extrême de s’en sortir. L’aide sociale devrait atteindre au minimum le montant de la mesure6 du panier à la consommation !

Augmenter le salaire minimum

Vous connaissez l’expression anglaise working poors7 ? Il s’agit de ces personnes qui travaillent, mais qui ne gagnent pas assez d’argent pour dépasser le seuil de faible revenu. Au Québec, près de 28 % des gens sont dans cette situation. Ce n’est pas normal.

Pour que le travail permette de se sortir de la pauvreté, il faut que ce dernier offre une rémunération décente. Pour dépasser le seuil de faible revenu et pour favoriser l’incitation au travail, le salaire minimum devrait passer immédiatement à 15 $ l’heure8. Travailler devrait permettre de se sortir de la pauvreté.

Le rôle des entreprises dans la lutte à la pauvreté

Trop de travailleuses et travailleurs sont aux prises avec un revenu imprévisible qui les empêche de bien planifier leur budget et les place en situation d’endettement et de pauvreté. Les entreprises gagneraient au change en payant décemment leurs employées et employés et en leur offrant un revenu stable et de bonnes conditions de travail. Sortir de la précarité permet aux travailleuses et travailleurs de faire rouler l’économie.

Mettre fin aux préjugés

Les préjugés tenaces envers ces personnes sont autant de barrières difficiles à franchir quand vient le temps de se trouver un logement ou un emploi9.

En plus d’être un frein à la solidarité nécessaire pour lutter contre l’exclusion, ces préjugés deviennent prophéties « autoréalisantes » lorsqu’ils empêchent les gens de se sortir de la pauvreté ou qu’ils influencent nos législateurs, comme on a pu le voir avec certains articles du projet de loi no 7010.

Avec son approche punitive, ce projet de loi fait la part belle aux préjugés, en flagrante contradiction avec les recommandations du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CCLPES) visant à améliorer l’aide à l’emploi et à favoriser une intégration durable sur le marché du travail. Pour avancer, il faudra changer les mentalités.

Mettre fin à la guerre aux pauvres et lutter contre la pauvreté

Le gouvernement Couillard aura du pain sur la planche avec la mise en œuvre de cette troisième mouture du Plan d’action national contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il faudra au ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale une bonne dose de volonté politique et de leadership pour amener son gouvernement à agir de façon cohérente et concertée.

Lutter contre la pauvreté, c’est l’affaire de tous les ministères, le Conseil du trésor en tête de liste. Les personnes en situation de pauvreté sont les premières victimes des mesures d’austérité et des compressions budgétaires infligées à nos services publics. Il va falloir que ça cesse et que l’on réinvestisse rapidement dans nos infrastructures sociales si l’on souhaite vivre dans une société plus égalitaire.

Pour lire le mémoire de la CSQ : La solidarité et l’éducation comme remèdes aux inégalités et à l’exclusion sociales.

Pour lutter contre les préjugés envers les plus pauvres, partagez la campagne du Collectif pour un Québec sans pauvreté : http://www.pauvrete.qc.ca/agir-contre-les-prejuges-2/.


1 Aide sociale: Québec serre la vis aux nouveaux prestataires
2 Hydro-Québec hausse ses tarifs en dépit de recettes records
3
Nouveau montant des prestations – Programme d’aide sociale et Programme de solidarité sociale
4 Données de 2012 auxquelles il faut ajouter l’inflation : 2013 : 0,07 % – 2014 : 0,14 % – 2015 : 0,12 %.
5 Nourriture, logement, vêtements, transport, etc.
6 17 006 $ pour une personne seule à Montréal pour l’année 2015.
7 Le rêve américain, vraiment ?
8 26 250 $ par année pour un emploi à temps plein à 35 heures par semaine pour 50 semaines de travail.
9 Selon un sondage commandé par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, 49,1 % de la population québécoise entretient une opinion négative envers les prestataires de l’aide sociale.
10 Un projet de loi à réviser en entier