La place des entreprises à l’école

11 mars 2016

330x220entreprisesLe projet de loi no 86 modifiant l’organisation et la gouvernance des commissions scolaires a fait couler beaucoup d’encre. C’est normal puisque c’est un projet de loi qui ratisse large et qui vise à transformer radicalement les structures de notre système d’éducation. Certains acteurs, comme la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), y voient une occasion de profiter du système éducatif comme d’un centre de formation de la main-d’œuvre.

Parler sans connaissance de cause

Dans un communiqué de presse, la FCCQ explique qu’elle voudrait que les employeurs puissent participer de façon pleine et entière à la gouvernance en formation professionnelle et technique (FPT). Si l’on en croit l’organisme, ses membres sont laissés pour compte et n’ont pas leur mot à dire.

Pourtant, dans l’état actuel des choses, les entreprises et les acteurs socioéconomiques ont déjà un poids assez important dans les conseils d’établissement en formation professionnelle, ainsi que dans les conseils d’administration des cégeps. En fait, en tout, ce sont plus de 1 500 sièges qui leur sont réservés dans les lieux de gouvernance de ces établissements.

Faire fi de la réalité

La FCCQ déplore que les entreprises soient absentes de la prise de décision en ce qui concerne la FPT. Peut-être devrait-elle parler à ses membres puisque les centres et les cégeps peinent à trouver des gens pour combler les places réservées aux entreprises aux conseils d’établissement et aux conseils d’administration.

Étrange de voir la FCCQ se réjouir de l’abolition des élections scolaires en raison du faible taux de participation alors que les entreprises sont aux abonnés absents.

L’école au service de l’entreprise ?

La FCCQ plaide même pour la création d’une nouvelle structure régionale afin d’encadrer la FPT, tant au secondaire qu’au collégial. Une structure qui serait entièrement dépendante des chambres de commerce pour sa gouverne et complètement détachée des commissions scolaires et des cégeps.

De cette façon, elle souhaite avoir la mainmise sur la formation pour l’arrimer avec les besoins de main-d’œuvre des entreprises. Cette approche est tout à fait insensée en plus d’être inacceptable. La FCCQ oublie que la FPT se doit d’être d’abord et avant tout une formation qualifiante et transférable. Sinon, on se retrouve avec des exemples comme l’industrie aéronautique qui a formé massivement des travailleurs surspécialisés, pour ensuite les mettre à pied. Ils devront donc refaire une formation pour se trouver du travail.

Soyez cohérents !

Pas plus tard que l’an dernier, la FCCQ, aux côtés de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), demandait au gouvernement l’abolition de la Loi favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre (la loi du 1 %), expliquant que la formation du personnel était un fardeau pour leurs membres. À la lumière de cette position, cet intérêt de la FCCQ pour le monde de l’éducation semble manquer de cohérence.

Plus d’un million d’enfants fréquentent les écoles du Québec. À cela s’ajoutent 120 000 élèves en formation professionnelle, plus de 200 000 en formation générale aux adultes et 100 000 en formation technique. Ces élèves et ces étudiants, jeunes ou adultes, représentent plus qu’un simple bassin de main-d’œuvre pour les entreprises. C’est d’abord aux besoins de ceux-ci qu’il faut répondre. Ce que ne fait aucunement le projet de loi no 86, d’où les dérives que l’on observe, entre autres, à travers la position prise par la FCCQ.