Gaétan Barrette et le contrôle de l’information

21 mars 2016

sante-compasOn apprenait récemment que le mandat du Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) allait être aboli. Les activités du CSBE relèveront désormais du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et de l’Institut national d’excellence en santé et en service sociaux (INESSS).

Ce changement de structure en apparence anodin a pourtant de quoi nous inquiéter. Le CSBE était complètement indépendant du MSSS et pouvait, de sa propre initiative, analyser, notamment, les politiques en santé, la qualité des services, la performance du système de santé, et ce, en toute indépendance politique. C’est cette indépendance qui disparaît tout d’un coup.

Le CSBE n’est pas parfait (voir un billet rédigé à propos de la consultation sur le panier de services menée par le Commissaire en septembre dernier), mais il a su développer au fil des années une expertise en ce qui concerne l’analyse de la performance du réseau de la santé.

Naviguer sans compas ni sextant

Cette décision du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, vient opacifier davantage la gestion et la gouvernance du système de santé au Québec. Déjà, il est de plus en plus difficile de faire des demandes d’accès à l’information pour obtenir des données sur les compressions dans le réseau et sur plusieurs indicateurs de performance. En fait, toutes les demandes sont acheminées directement au ministère.

En fusionnant les établissements de santé, le ministre Barrette s’est placé aux commandes d’une flotte d’énormes paquebots. Ne pouvant plus compter désormais sur l’évaluation objective de la performance du CSBE, c’est un peu comme si le ministre décidait de naviguer sans compas ni sextant.

Une décision pour le moins paradoxale

D’un côté, le ministre affirme vouloir analyser le fonctionnement du réseau, se doter d’indicateurs de performance et rendre le système de santé plus efficace. De l’autre, il se prive de l’analyse d’un expert indépendant dont c’était précisément le rôle. Le paradoxe n’échappe à personne, le Regroupement provincial des comités des usagers soulevait d’ailleurs la question dans cet article du Journal de Québec.

Des questions sans réponses

Avec cette décision, plusieurs questions demeurent en suspens. Dorénavant, qui évaluera la performance du réseau de la santé et comment se fera cette évaluation ? Pourra-t-on conserver une part d’objectivité alors que l’évaluation relèvera directement du ministère ? Qu’adviendra-t-il des travaux en cours du CSBE, entre autres sur la délicate et épineuse question du mode de rémunération des médecins ? Qui documentera et surveillera la question de l’octroi et de la gestion des contrats publics en santé ?

Si l’objectif du ministre Barrette est réellement « d’optimiser la performance » du réseau de la santé et des services sociaux, comme il se plaît à le répéter sur toutes les tribunes depuis la mise en place de sa réforme gargantuesque, pourquoi se prive-t-il d’une source d’information qui a fait ses preuves ? Pourquoi cherche-t-il à concentrer et à contrôler l’information sur le réseau ?

Si ces questions vous inquiètent, faites-en part à votre député et, pourquoi pas, directement au ministre !

Coordonnées des députés : www.assnat.qc.ca/fr/deputes/
Coordonnées du ministre de la Santé et des Services sociaux : www.msss.gouv.qc.ca/ministere/ministre.php


AJOUT: Chantal Hébert soulève plusieurs questions pertinentes également dans L’Actualité Québec abolit l’organisme chargé d’évaluer les actions du ministre Barrette


AJOUT NUMÉRO 2: La FSQ-CSQ et la F4S-CSQ lancent une pétition pour le maintien du poste de Commissaire à la santé et au bien-être