Remettre l’économie à sa place

8 novembre 2016

350x233economie-a-sa-placeRécemment, la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, annonçait la création d’un conseil consultatif sur l’économie et l’innovation. Ce conseil a d’ailleurs tenu sa première rencontre la semaine dernière. Cette nouvelle a fait peu de tapage. Pourtant, bien qu’intéressante, la proposition de la ministre soulève plusieurs questions dont, au premier chef, celle de sa composition.

Un conseil qui penche toujours du même bord

Pour véritablement penser à notre avenir économique, culturel et social, on ne peut pas se fier uniquement à un panel idéologique monochromatique. La composition homogène du Conseil mis sur pied par le gouvernement Couillard ne permet pas au Québec de profiter de l’éventail d’expériences nécessaire au développement de son plein potentiel. Regardons de plus près la composition de ce conseil :

  • 18 % [CORRECTION, en date d’aujourd’hui (11 novembre 2016), il s’agirait plutôt de 40%] de femmes;
  • 100 % de gens d’affaires;
  • 0 % de personnes issues du milieu communautaire;
  • 0 % d’acteur du milieu syndical.

Quel message doit-on comprendre de cette faible diversité? L’économie ne serait-elle le fait que d’une minorité de gens d’affaires?

Pour un développement culturel, social et durable

Avec un Conseil monolithique comme celui que nous propose la ministre Anglade, il serait très surprenant que l’on aborde des questions liées à la pauvreté, à la protection de nos ressources naturelles, à l’occupation du territoire ou à l’éducation. Pourtant, se sont tous des sujets liés de près au développement économique du Québec.

On parle énormément d’économie. Pas une journée ne passe sans que l’on se soucie de l’état de notre économie, de l’humeur des marchés ou des comportements des investisseurs… On agit, en fait, comme si l’économie était une finalité en soi plutôt qu’un outil nous permettant de mener des projets collectifs d’envergure et d’améliorer la qualité de vie du plus grand nombre.

L’économie doit être au service des gens, pas le contraire. Nous avons besoin que le gouvernement se dote d’une stratégie de développement économique et social dont l’objectif prioritaire serait le soutien et la création d’emplois de qualité, et ce, dans une perspective de développement durable1.

Mettre tout le monde à contribution

Pour conseiller le gouvernement sur le développement du Québec, une alternative intéressante serait un organisme paritaire hommes-femmes, indépendant du gouvernement. Il devrait inclure, notamment, des représentantes et représentants des milieux syndicaux et communautaires. Son mandat ne pourrait se cantonner aux simples intérêts du milieu des affaires. Un peu comme ce qui se fait à la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) où j’ai le privilège de siéger.

Ce conseil pourrait effectuer des recherches, produire des analyses, discuter des enjeux et soumettre des recommandations sur des sujets d’intérêt économique, culturel et social, tels que l’éducation, les inégalités sociales et la relance économique.

L’expérience concluante de ce genre de conseil dans plusieurs pays comme la France2, la Polynésie française3, les pays membres de l’Union africaine4 et la Grande-Bretagne5 devrait inspirer le gouvernement Couillard. Nous devons remettre l’économie à sa place, au service de la nation. Pour ce faire, nous avons besoin de l’avis de l’ensemble de la communauté, pas seulement de celui des gens d’affaires.


1 « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. », Rapport Brundtland, 1987.
2 Conseil économique, social et environnemental
3 Conseil Économique Social et Culturel de la Polynésie française
4 Conseil économique, Social et Culturel de l’Union africaine
5 Economic and Social Research Council