Censure à l’Université de Sherbrooke

23 février 2017

Les universités sont censées être des lieux de débats d’idées, de liberté intellectuelle et de liberté de parole. Pourtant ces sanctuaires dédiés au savoir peuvent parfois, paradoxalement, devenir des modèles de censure. Nous avons pu le constater la semaine dernière grâce à Corde sensible, de Radio-Canada, qui a réalisé une expérience sociale à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et, plus récemment, avec des incidents inquiétants à l’Université de Sherbrooke (UdeS).

Liberté d’expression attaquée de front

Prétextant le conflit de travail qui l’oppose à son corps professoral, le Syndicat des professeures et professeurs de l’Université de Sherbrooke (SPPUS) étant en grève depuis maintenant 10 jours, l’administration de l’Université de Sherbrooke a décidé de museler les professeures et professeurs en les empêchant de s’exprimer, non seulement sur leurs demandes et le contexte de la négociation, mais même sur des sujets dont ils sont experts.

Dernièrement, la professeure Geneviève Paquette, de la Faculté d’éducation, était invitée par le gouvernement du Québec à participer aux travaux du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, à l’occasion d’une des quatre journées de réflexion sur les violences à caractère sexuel qui avaient lieu sur le campus de l’UdeS. Madame Paquette est une experte dans le domaine et c’est à ce titre que le ministère souhaitait l’entendre.

Or, même si Geneviève Paquette souhaitait s’y rendre à titre de citoyenne, la direction de l’UdeS lui a formellement interdit, non seulement de participer à cette rencontre, nécessaire pour toutes les communautés universitaires, mais aussi d’être présente sur le campus où elle aurait lieu.

Déni de démocratie

Comme si ce n’était pas assez, en un geste sans précédent, l’administration de l’UdeS a même mis en demeure[2] le SPPUS pour tenter d’empêcher ses membres de répondre aux questions sur le conflit qui les oppose à l’université, dans le cadre d’assemblées générales organisées par les diverses associations étudiantes de l’UdeS à propos de la grève.

C’est assez déconcertant de voir une université faire un tel déni de démocratie, tant syndicale qu’étudiante. Quel message l’institution envoie-t-elle à ses étudiantes et étudiants en agissant avec un tel dédain pour le débat d’idées?

Mauvaise connaissance du Code du travail

L’Université prétend que le Code du travail interdirait aux professeurs de présenter leur point de vue à leurs étudiants. Cette méconnaissance du Code étonne de la part de l’administration de l’UdeS. Ce que le Code interdit, c’est d’effectuer un travail rémunéré en temps de grève. Présenter le conflit de travail à une assemblée générale étudiante, c’est loin d’être le travail d’un professeur. L’administration de l’université aurait peut-être pu demander conseil à ses experts en droit du travail avant de se lancer dans un tel travail de censure. Sauf qu’ils n’auraient pas pu leur donner conseil, car ils sont en grève.