Pour réparer les pots cassés, ça prendra plus que de la colle

27 mars 2017

Le budget du Québec sera bientôt déposé et les rumeurs vont bon train. Si on se fie à Denis Lessard1 du quotidien La Presse, le gouvernement s’apprêterait à dépenser plus rapidement que prévu 400 millions de dollars dans divers projets au lieu d’attendre l’exercice financier 2017-2018.

Tour de passe-passe

Au lieu de réparer les pots cassés en raison de ses mesures d’austérité qui ont mis à mal les services à la population partout au Québec, le gouvernement de Philippe Couillard préfère acheter des tapis neufs et balayer le tout en dessous! Il faut dire que les indécents surplus dégagés par ses décisions irresponsables commencent à les faire mal paraître.

En fait, le gouvernement du Québec a accumulé un tel surplus qu’il devient de plus en plus difficile de le justifier politiquement. D’où cette comptabilité créative qui permettra aux libéraux de ne plus afficher un surplus de 2,3 milliards et de saupoudrer, çà et là, de l’argent pour se racheter une bonne conscience.

Le « grand sauveur »

Comprenez-moi bien : ces sommes seront les bienvenues. Elles constituent une bien meilleure option que de nouvelles baisses d’impôt additionnelles comme cette idée saugrenue d’abolition rétroactive de la taxe santé2.

Je pense à nos institutions muséales qui bénéficieraient de la nouvelle générosité de Carlos Leitão et qui, faute de financement récurrent, perdent un précieux temps à courir après des fonds privés. Les secteurs de la forêt et du tourisme, grandement affectés par l’austérité libérale des 15 dernières années, seront également très heureux de voir cet argent arriver.

La formule est classique : on coupe dans les services pour dégager des surplus et se poser comme des gestionnaires de génie. Ensuite, un an avant les élections, on utilise ces surplus artificiels pour cibler certaines dépenses qui nous font bien paraître dans l’opinion publique en espérant que ça effacera les insatisfactions causées par les coupes des premières années. Le gouvernement peut ainsi se poser en « sauveur » qui vient réparer les pots qu’il a lui-même cassés.

Sauf que…

Le grand problème avec cette improvisation fantaisiste de la gestion des finances publiques, c’est qu’elle cause beaucoup d’insécurité et d’instabilité. Impossible de prévoir de quoi les dépenses gouvernementales seront faites lorsque le ministre des Finances sous-estime les revenus et surestime les dépenses dans ses prévisions budgétaires pour dégager artificiellement des surplus. Les économistes Jean-Pierre Aubry, François Delorme et Pierre Fortin qualifiaient cette stratégie politique de stop-and-go budgétaire3 et soulignaient son inefficacité sur le plan économique.

Réinvestir pour vrai

Rappelons-nous que lors de la dernière élection, le Parti libéral du Québec promettait que les budgets de la santé et de l’éducation seraient augmentés respectivement de 4 % et 3,5 % par année. Pour l’instant, on est encore loin de cette promesse. C’est plutôt à un rythme de 2,7 % et 2,3 % qu’il a daigné augmenter les ressources accordées aux missions « premières » de l’État.

Si la tendance se maintient pour 2017-2018, ce sera près de 3 milliards de dollars de moins qui auront été investis dans les services publics (2,1 milliards en santé et 1,1 milliard en éducation). En fait, pour pouvoir prétendre faire des « réinvestissements » en santé, en éducation et dans les autres services de l’État, le gouvernement devra permettre des augmentations qui dépassent les 5 % (5,8 % en santé et 5,5 % en éducation). Sinon, il ne fait que rattraper.

Patates en poudre, écoles vétustes, services inaccessibles, infrastructures en ruine, l’austérité a un prix. Après avoir été affamés pendant trois ans, nos services publics n’ont pas besoin que le gouvernement débarque avec une boîte de trous de beigne pour gagner ses prochaines élections.

Nos écoles, nos hôpitaux, nos services de garde et l’ensemble de nos services publics ont besoin de savoir qu’ils pourront manger trois fois par jour, tous les jours, tous les ans, pas seulement l’année précédant les élections générales. Les patients, les élèves, les parents, les travailleuses et travailleurs, et l’ensemble des citoyennes et citoyens du Québec méritent des services de qualité et leur stabilité.


1 Québec devancera plus de 400 millions de dépenses
2 Tout ça pour ça? – Le «stop-and-go» budgétaire du Québec: un mauvais choix
3 Une réduction «rétroactive» de la taxe santé est envisagée