Le salaire minimum à 15 $ l’heure, c’est payant!

6 avril 2017

Lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, c’est un objectif que s’est donné le Québec. Le gouvernement a même adopté une loi en ce sens en 2002. Le problème a toujours été le manque de moyens consacrés à sortir les personnes de la pauvreté. Et si on s’était trompé d’approche tout ce temps? Et si pour s’attaquer à la pauvreté de certains travailleurs et travailleuses, on mettait à contribution les employeurs… ce serait payant?

Un milliard de plus pour le Québec

Une recherche menée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) dévoile aujourd’hui que la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure, en plus de sortir des centaines de milliers de travailleuses et travailleurs de la pauvreté, permettrait à l’État québécois de dégager un milliard de dollars dans son budget!

Comment est-ce possible? Et bien, Pierre-Antoine Harvey, économiste à la CSQ et chercheur associé à l’IRIS, et Mathieu Dufour, également chercheur à l’IRIS, expliquent qu’à l’heure actuelle, l’État doit compenser l’insuffisance des bas salaires payés par les entreprises. Cela se fait en mettant en place des mesures de soutien du revenu, comme la prime au travail. Un salaire minimum viable réduirait de près de 300 millions les transferts versés par les gouvernements.

En plus, toujours selon l’étude, ces travailleuses et travailleurs dont le revenu de travail augmentera se trouveraient dès lors en situation de payer des impôts et plus de taxes à la consommation.

Des mesures ciblées plutôt que des subventions déguisées

Les ténors du patronat soutiennent que ce n’est pas à eux de lutter contre la pauvreté de leurs employées et employés. Selon eux, ce serait la responsabilité de l’État de pallier l’insuffisance des salaires. À ce sujet, le Québec est la province la plus généreuse du Canada. Déjà, 34 % du revenu d’un couple au salaire minimum, avec deux enfants, provient du soutien gouvernemental. Augmenter encore plus les « crédits de solidarité » et autres « primes au travail » serait une forme de subvention indirecte aux entreprises en quête d’une main-d’œuvre bon marché.

Le gouvernement du Québec gagnerait à hausser le salaire minimum à 15 $. Avec un milliard de dollars de marge de manœuvre, il pourrait mettre en place de manière ciblée des mesures d’aide aux entreprises qui doivent faire face à la concurrence internationale ou, encore, augmenter les subventions aux groupes communautaires dont les employées et employés sont souvent payés bien moins que 15 $ l’heure.

À un milliard, on peut même se permettre de rêver un peu : pourquoi ne pas aussi mettre en place des programmes de persévérance scolaire, de formation continue et d’insertion en emploi?

Valoriser le travail, ça passe par un salaire juste

Face à ces données, le gouvernement Couillard n’a d’autre choix que de revoir ses pratiques en matière de lutte à la pauvreté. Si le travail a une véritable valeur aux yeux du gouvernement Couillard, il doit s’assurer que les entreprises en paient le juste prix et cesser de leur verser des subventions déguisées.

Hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure enrichirait les Québécoises et Québécois, et serait drôlement plus efficient. Un gouvernement qui se targue d’être un modèle de saine gestion des finances peut-il vraiment nous priver de cette richesse collective? Poser la question, c’est y répondre!

Cette étude produite en collaboration avec la CSQ est un argument de plus qui justifie notre appui à la Campagne 5-10-15.