La violence inacceptable envers le personnel soignant

5 mai 2017

L’an dernier, le documentaire Des soins aux poings1 mettait en lumière une dure réalité du personnel soignant dans le réseau de la santé et des services sociaux. Ironiquement, ces femmes et ces hommes dévoués au bien-être et à la remise sur pied de leurs patients étaient eux-mêmes à risque de lésions professionnelles en raison de gestes et d’actes violents dans leur milieu de travail.

Cette situation plus que préoccupante pour les travailleuses et travailleurs de la santé ne s’est pourtant pas résorbée depuis la parution de ce documentaire. Au contraire, la violence est en hausse dans nos hôpitaux2! On est en droit de se poser la question suivante : si mettre le doigt sur le bobo ne suffit pas, comment pourrons-nous renverser la vapeur et nous assurer que le personnel soignant bénéficie d’un milieu de travail sain et sécuritaire?

Agir sur l’organisation du travail

D’abord, il faut agir sur les conditions difficiles dans lesquelles travaille chaque jour le personnel. Quand une travailleuse doit s’occuper de trois fois plus de patients, c’est certain que cela a un impact sur les gens qui l’entourent. Avec la réorganisation purement bureaucratique et comptable dans nos hôpitaux, c’est tout le côté humain des soins qui pâtit et la relation entre les patients et le personnel en prend pour son rhume.

L’instabilité au sein des équipes de travail, les heures supplémentaires obligatoires, l’absence de mesures suffisantes de conciliation famille-travail, l’inconnu et l’insécurité liés aux transformations organisationnelles incessantes contribuent à accentuer le côté anxiogène du travail et à créer un terreau fertile à l’installation d’une dangereuse dynamique de confrontation.

Ajoutez à tout cela un temps d’attente interminable aux urgences et des délais impossibles pour rencontrer un spécialiste ou obtenir une date pour une opération et vous avez tous les ingrédients pour envenimer la situation!

Les CISSS et les CIUSSS ont l’obligation d’agir

Au Québec, les employeurs ont l’obligation d’offrir un milieu de travail sain et sécuritaire à leurs personnes salariées, cela s’applique donc aussi aux centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et aux centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS). Ça signifie qu’ils doivent tout mettre en place pour prévenir ce genre d’incident et agir dès lors qu’ils en ont connaissance.

C’est également la responsabilité des employeurs de prendre au sérieux cette problématique et de cesser de transformer ces situations inacceptables en une simple formalité administrative. On invite trop souvent les employées et employés victimes de violence à remplir des formulaires pour dénoncer ce type de situation, mais cela traîne en longueur et le personnel a le sentiment de ne pas être entendu.

Une question de volonté politique

Tous les leviers juridiques nécessaires sont déjà en place. Il ne manque que les ressources et la volonté politique de les utiliser.

Les CISSS et les CIUSSS doivent respecter les dispositions de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) et mettre en place des mesures de prévention de façon urgente.

Établir et respecter des ratios clairs personnel/patients permettrait également d’assurer une plus grande vigilance et un meilleur temps de réaction aux situations dangereuses. Les compressions et les réinvestissements insuffisants des dernières années dans le réseau de la santé n’ont pas été sans conséquence. Pour permettre à ce réseau de se relever, il faut s’assurer de prendre soin du personnel soignant. Ça presse!


1Des soins aux poings
2La violence dans les hôpitaux en hausse