Le libre-échange, le bois d’œuvre et les travailleurs québécois

29 juin 2017

Décidément, l’arrivée au pouvoir du président Trump n’aura de cesse de nous surprendre et d’avoir des impacts significatifs bien au-delà des frontières américaines. Cette fois, c’est la crise du bois d’œuvre qui pointe son nez à nouveau, au grand dam de nos régions où l’industrie forestière est le gagne-pain de bon nombre de nos concitoyennes et concitoyens.

La crise récurrente du bois d’œuvre entraîne également des répercussions qui vont au-delà des entreprises touchées. L’économie étant un écosystème, lorsqu’un de ses éléments traverse une période de crise, c’est l’ensemble qui s’en trouve affecté.

Comment en est-on arrivés là?

Lundi dernier, on apprenait qu’une nouvelle taxe de 6,87 % allait être ajoutée sur le bois d’œuvre canadien. Cette décision d’imposer des droits compensatoires antidumping aux producteurs de bois d’œuvre coûtera, selon l’industrie forestière québécoise, quelque 300 millions de dollars cette année aux producteurs québécois.

J’ai participé, avec des représentants du milieu syndical, du monde des affaires et des milieux agricole et artistique, à une rencontre avec le premier ministre Philippe Couillard mardi après-midi, à Québec, afin de faire le point sur la situation ainsi que sur d’autres enjeux commerciaux cruciaux qui concernent le Québec vis-à-vis des États-Unis.

Nous croyions que la situation du bois d’œuvre était derrière nous. Malheureusement, la réalité de la nouvelle présidence américaine aura eu tôt fait de nous rattraper et le sujet était au cœur des débats. Cependant, ce n’est que la pointe de l’iceberg et la rencontre de mardi aura permis d’établir clairement un consensus : le renouvellement des accords de libre-échange ne doit pas se faire aux dépens du Québec.

Le bois d’œuvre comme prétexte au protectionnisme

Trump profite de l’impopularité des accords commerciaux chez lui pour exercer un moyen de pression afin d’accroître son rapport de force dans la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Cette méthode de négociation, décrite en long et en large dans son autobiographie The Art of the Deal, ne devrait surprendre personne.

Donald Trump n’a pas sorti cette carte protectionniste de son jeu par hasard. Il faut dire que les accords de libre-échange, négociés dans le plus grand secret, conclus sans préoccupation pour les travailleuses et travailleurs, l’environnement ou les droits de la personne, n’ont plus beaucoup la cote chez nos voisins du sud.

C’est galvanisé par cette piètre opinion des accords commerciaux internationaux que Trump a pu paver la voie à une renégociation, à l’avantage des États-Unis, de nombre de ces accords bilatéraux et internationaux.

Vers un ALENA 2.0 ou un nouveau libre-échange

Tant qu’à renégocier l’ALENA, autant bien faire les choses. Pour qu’un tel accord se conclue à l’avantage des populations des pays impliqués, il faudra changer un peu les choses. Les négociations devront être transparentes et ouvertes. Finies les cachotteries. L’accès aux discussions ne doit plus être réservé à une poignée de corporations, mais bien au public en général et aux organisations syndicales, environnementales et communautaires.

Toute négociation devra également exclure les services publics et la culture. Lorsqu’on les inclut dans ces accords, on assiste à une explosion des coûts ou à une diminution des services qu’on ouvre à des conglomérats internationaux. On l’a vu lors des négociations du Partenariat transpacifique (PTP) avec le prolongement de la durée des brevets et des droits d’auteur, par exemple, qui peuvent entraîner une hausse importante des coûts des médicaments et des manuels scolaires .

On comptera aussi sur nos gouvernements pour protéger la gestion de l’offre comme principe fondamental de protection de notre souveraineté alimentaire et de la capacité des agricultrices et agriculteurs du pays de pouvoir continuer de produire de façon pérenne.


1 « Le PTP, à l’avantage de qui ?