Cupides à la Tim

11 janvier 2018

Les employées et employés de certains Tim Hortons ontariens se sont vu offrir un café amer plutôt difficile à avaler à la suite de l’entrée en vigueur de la hausse du salaire minimum, qui est passé de 11,60 $ à 14 $ l’heure dans la province.Les franchisés de la chaîne de café la plus populaire au pays ont en effet décidé unilatéralement de ne plus les rémunérer pour leurs pauses-café (ironique à souhait!) et de réduire les avantages des assurances collectives en santé et en soins dentaires.

Les dérives du capitalisme sauvage

Cette réaction sauvage envers leurs employées et employés peut étonner. Il faut dire que la marque de commerce de la bannière est, depuis toujours, de se poser comme un acteur important dans les communautés où elle est implantée. Il faut dire, ceci dit, que le contexte a radicalement changé pour les rois du café canadiens.

En 2017, le fonds brésilien 3G Capital Management a acquis 51 % des parts de Tim Hortons et cela a causé bien des remous. Il faut comprendre que 3G Capital Management a la fâcheuse habitude de tout chambouler partout où il passe afin de réduire de façon draconienne les frais d’exploitation pour maximiser les retours à court terme pour les actionnaires, plutôt que de miser sur la cohérence à long terme des bannières qu’elle acquiert.

C’est cela qui est en marche actuellement : un fonds d’investissement sauvage qui n’a que faire des conditions de travail de ses employées et employés et qui presse le citron à ses franchisés, ne leur laissant aucune autre marge de manœuvre que celle de gratter les fonds de tiroirs.

Gérald Fillion le soulignait dans une chronique, la compagnie est rentable :

Les cinq plus hauts dirigeants de la société ont touché 32,5 millions au cours du dernier exercice complet.

Il est difficile, en regardant ces chiffres, de croire que le modèle d’affaires d’une entreprise comme Tim Hortons est si fragile au point de voir des franchisés couper dans les pauses et récupérer les pourboires. Dans les faits, Tim Hortons n’est pas une entreprise en difficulté financière.

De l’intimidation

Il y a même des rumeurs rapportant que depuis le début de l’année, un Tim Hortons de Scarborough demande à ses employées et employés de ne pas récupérer leurs pourboires à la fin de leur quart de travail et de les laisser à la direction!

La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, a raison de dire que les dirigeants de l’entreprise font de l’intimidation envers leurs employées et employés et que s’ils ont des récriminations à faire, ils devraient s’adresser à son gouvernement et non faire subir leur mécontentement à celles et à ceux qui font son pain et son beurre. Rappelons que Ron Joyce Jr. et sa femme Jeri Horton Joyce (héritiers de Ron Joyce et Tim Horton, les cofondateurs du géant du café) sont milliardaires depuis la vente à 3G Capital Management.

Les organisations syndicales et la société civile ontarienne (60 % de la population appuie l’augmentation du salaire minimum à 15 $ l’heure) ont appelé les gens à manifester devant les restaurants appartenant aux héritiers des cofondateurs de Tim Hortons qui nous ont démontré une fois de plus le visage de ce que peut être un mauvais citoyen corporatif.